Michel S Levy mslevy@laposte.net Merci de vos critiques et remarques


L'ADOPTION   

 
 




INTRODUCTION

Accueillir les enfants en danger, les soutenir, les éduquer, pallier une défaillance parentale, autant d’actions qui vont de soi. L’adoption est-elle pour autant une solution pertinente à ce problème? Deux points majeurs posent question
 
                                                    -le premier est  prendre un enfant dans son histoire, le privant de la sienne, en lui donnant son nom, mais en le dépossédant du sien. On voit trop rarement la réciproque : l’enfant adopté adoptant à son tour la famille qui lui a imposé ce trajet, sous prétexte d’un besoin d’enfant, de famille, ou pire, de que certains osent appeler « le droit à l’enfant ».
                                                      -le second est ce scandale,  développé ces dix dernières années, au point de prendre maintenant une dimension internationale massive : un enfant finalement s'achète, à peu près au même prix qu'une voiture. C’est devenu un trafic.  Il n'est pas certain qu'un jeune, quand il commencera à penser vraiment par lui-même, accepte facilement d'avoir été  acheté afin d'assouvir un « droit à l'enfant » souvent au détriment d'un vrai respect pour ses origines réelles.

La prise en compte de ces deux dérives  donne des clefs indispensables pour accompagner les crises extrêmement fréquentes que traversent ces enfants et leur famille. La sempiternelle hypothèse du traumatisme antérieur à l'adoption, réel ou fantasmé, ne doit pas dédouaner opportunément de la responsabilité du présent...  Tout doit être pris en compte dans une crise. Le passé et le présent.

Notons cependant que l'adoption se passe parfois bien, lorsque les êtres qui la vivent sont profondément respectueux des différences de chacun. Ce qui va suivre est vu à travers le prisme de la clinique, donc des cas qui se passent mal, au reste fort nombreux!! Que le lecteur concerné se garde donc de généraliser à toute adoption ce qui va suivre. Là comme ailleurs, l'intelligence et la tolérance, le goût de la différence, même radicale, mettent à l'abri de la plupart des problèmes, quelle que soit la situation de départ! En un mot, lorsque le plaisir de vivre le monde reste supérieur au besoin d’enfant, il est des chances que cela se passe bien. Les considérations qui vont suivre ne portent donc que sur des cas particuliers, cependant nombreux. Leur éclairage pourra peut-être participer à l'élaboration de la clinique, voire de la législation, sur ces situations, souvent difficiles et explosives à l'adolescence.


Donner son nom

"Donner" son histoire, son nom, revient toujours, en réalité, à l'imposer à un enfant qui n'a rien demandé, qu'on prive ainsi du sien. Si nul n'a choisi son histoire, il n'en a cependant pas été spolié par l'intervention «bienfaisante» des autres.
Que ce soit pour la bonne cause, fait par des gens qui veulent le bien de l'enfant (quand c'est le cas) ne change rien à la prise que ce circuit d'aide donne au fantasme de l'enfant...  Le fantasme de vol, banal à l'adolescence, rejoint ainsi la réalité des faits. Les intention des uns et des autres sont alors interprétables au gré des désirs du moment… Si l'impression d'être incompris est quasiment une spécificité de l'adolescence, une part de la réalité des enfants adoptés, en particulier le changement de nom, et actuellement le trafic international généralisé, vient renforcer ce sentiment, entraînant parfois des spirales dramatiques.
En effet, que l'enfant connaisse ou non son histoire naturelle, quelle qu’elle soit, la société a échoué à les aider lui, sa vraie famille, son groupe social d'origine. Lorsque la crise adolescente se produit, au fantasme de vol du nom s'ajoute le reproche de la spoliation d'histoire, de la défaillance du lien social à l’origine de l’adoption. Cette colère, inconsciente ou non, ce rejet de l'univers adoptant, voire du monde adulte dans son ensemble, vont dans les meilleurs des cas, après la crise, donner lieu à des vies de réparation, de soins, vouées aux autres, dans une dette où toute la culpabilité sociale et familiale, imaginaire et symbolique, pèse sur un sujet qui aura de ce fait  bien du mal à vivre sa liberté : il rattrapera pour les autres ce qu’il pense lui être arrivé. Cette crise et ses conséquences aurait pu être partiellement évitées si l'enfant avait simplement été accueilli, dans le respect de ce qu'il est et surtout a été, et non pris dans une adoption, le plus souvent en violence avec son histoire.

C'est ce trait précis de la rupture historique, biologique, culturelle  qui fait la différence la plus nette entre l'enfant produit de la rencontre amoureuse ou accueilli et l'adoption, et qui entre dans le circuit maintenant fourni du besoin d’enfant : mères porteuses, don de sperme ou autres systèmes du même ordre fondés sur une rupture brutale. Laquelle est toujours justifiée, soit par la notion de "sauvetage", soit par "l'évidence" du besoin  d'enfant...
 Même dans le cas encore imaginaire, mais probablement plus pour très longtemps, d'un bébé éprouvette de A à Z, dont on pourrait, pourquoi pas, choisir les gênes,  la difficulté resterait à ce niveau : si l’impériosité du besoin d’enfant amène l’anhistoricité biologique et culturelle de cet enfant, créé de toute pièces ou adopté pour ce besoin, l’histoire de cet enfant risque fort de ressembler au mythe de Frankenstein. Le point fort de ce conte tient précisément à l'abandon de la dimension historique du corps, réduit dans cette affaire à une simple combinaison moléculaire, même si on reste au niveau des spermatozoïdes et des ovules. L'être humain ne peut réduire son histoire dans un éjaculat ou un prélèvement d'ovule sans conséquences. Si la créature se retourne contre son créateur, c'est que la liberté d’être et le besoin de se situer dans une transmission, biologique et culturelle, auront toujours le dernier mot contre les fantasmes d'appartenance et de possession.. Soutenir que l'être humain a une histoire biologique comme une histoire culturelle n'est pas faire du racisme : qu'il existe des différences est évident, c'est en faire une échelle de valeur qui est raciste...
Le désir de remonter librement de l'éjaculat à l'histoire de l'homme ou de la femme qui porta ces millions d'années d'histoire et d'évolution existera toujours… Tout ce qui délie l’être humain de son histoire lui fait courir de forts risques. On le constate d’ailleurs dans des faits divers dramatiques : les tueurs en série sont fréquemment des enfants adoptés, comme Emile Louis ou Paulin. Le FBI trouve, sur une statistique de 500 tueurs en série, 80 adopté, soit 16%, alors que les enfants adoptés sont 2,5% de la population générale aux Etats Unis .
Si on fait de la science-fiction, et qu'on imagine un génome artificiel, à l'origine d'un être, permettant ainsi un marché des enfants, disposant de telles ou telles caractéristiques, qu'en sera-t-il alors des mécanismes complexes et indispensables d'identification biologiques et culturels? La différence aura disparu entre les robots et les vivants, l'homme sera devenu au sens propre un objet. La multitude de romans et de films usant de cette possibilité donne un aperçu de ce qu'on peut imaginer : l’inquiétante étrangeté d’un être formellement semblable à nous, mais étranger au lien humain...
En réalité, on en reviendra toujours au même fondamental : ce robot parfait est apparemment un enfant, tel que n'importe quel être humain peut en faire s'il n'est pas stérile…Il entrera alors dans la complexité des désirs qui se croisent autour de lui, comme chacun de nous. Il sera tel que nous sommes… sauf que son corps ne sera plus relié à l’histoire des corps de ses concepteurs, donc il sera de ce point de vue dépourvu d’histoire et d’identification, au contraire de ceux d'entre nous qui sont simplement clairement accueillis ou les fruits d'un désir amoureux ou sexuel dont la force l'a emporté sur le prévisible et parfois le raisonnable !


Prendre un enfant ou bientôt un génome dans son histoire, le désirer, lui donner son nom correspond bien entendu à un désir fort louable et universel de transmission, de continuité de son trajet, son destin ou de celui de son groupe social. Mais ce qui fait là précisément  problème est la force pulsionnelle extrêmement importante, voire indiscutable  de ce désir de transmission, son aspect alors tyrannique, écrasant le sujet dans son corps, sa culture et son histoire. De ce point de vue, l'enfant accueilli ou naturel, biologique,  produit de l'amour, n'a pas les mêmes problèmes que l'enfant de l'adoption. En effet, l’amour conjugal, familial dégage l'enfant de la focalisation du processus de transmission. Si tout simplement des adultes s’aiment l’un l’autre, et la vie au delà, si un groupe familial fonctionne dans son rôle d’ouvrir ses membres au social, il pourra accueillir un enfant, naturel ou non,  sans lui faire porter le poids massif et exorbitant d’un désir de vie massivement projeté sur un petit être qui n’a certainement pas demandé cela. Dans le cas de famille normalement accueillante, les transmissions ne se confondent pas, mais coexistent. Tout n'est pas investi sur l'enfant.
Ce qui lui donne une liberté salvatrice. Aussi, peut-on espérer un enfant qui n'est pas mis au premier plan dans un désir narcissique , dans un désir de transmission indiscutable (le fameux droit à l’enfant…).  Il est abrité de ce trop de transmission par l'amour que les parents se portent l'un à l'autre et aux autres, amour qui est seul à son origine : ce qui cause l’enfant est alors une chaîne dans laquelle il est situé, qu'il soit biologique ou accueilli, et non, dans "l'indiscutable" droit à l'enfant, l’aboutissement, l’objet ultime de cette chaîne, et donc aussi son arrêt !
La procédure d'adoption pose donc le maximum de problèmes lorsqu'il s'agit de parents ayant du mal à vivre ou à être ensemble sans enfant. Si on ne supporte pas la vie par elle-même, on va faire porter sur l’enfant ce désir de vie. L'enfant devient directement porteur de la raison de vie de ses parents. Sa liberté sera alors aliénée au symptôme parental, avec tous les risques qu'une telle situation comporte, et qu’on voit trop souvent en clinique.


Transmettre ses valeurs familiales

En effet, le point le plus difficile de l'adoption est celui de la transmission de l'histoire.  Une histoire, on est d’abord pris dans sa réalité, puis dans son invention, quand on le peut. C'est le destin, avec tous ses aléas entre la réalité et le désir, l'imaginaire et le réel, dans quoi l'on se débat, dans quoi on est pris, déterminisme lacanien ou liberté sartrienne. C'est le choix conscient et inconscient de chacun. Dès qu’on désire son histoire, on la recrée, l'invente, mais sans la maîtriser... Notre désir précipite notre transmission dans l’imprévu et la variété de la vie, transformant ainsi les destins individuels et collectifs en raison de la mouvance même du monde.
Le désir de la maîtrise de notre propre histoire à travers l'adoption d'un enfant est extrêmement risqué. Il s'agit là du désir de la maîtrise d’un enfant au nom de la transmission indiscutable d'un certain nombre de valeurs. J'ai vu, assez souvent, des familles de tous bords culturels transmettre de façon rigide un système de valeur  attaqué de toutes parts sous les coups de boutoirs de la réalité, de l'évolution sociale, voire des enfants naturels. L’idée leur vient à ce moment de prendre un enfant dans leur histoire et de l'y assigner de force. Ce sont ces mêmes familles qui appellent au secours au moment de l'explosion adolescente provoquée par ce type de problématique.
Il peut s'agir, dans une version plus atténuée, plus douce, du désir de donner de l'amour. Derrière ce désir de donner de l'amour, se profile celui de donner sa définition de l'amour, sa propre définition culturelle que l'on va vouloir contempler à travers l'enfant.

Une telle difficulté existe aussi avec des enfants biologiques, lorsqu’ils sont par trop forcés à suivre les lignées familiales. Le risque de dérapage symptomatique est grand aussi. Mais elle me semble plus fréquente dans les familles adoptantes, puisqu’elle est à l’origine même de l’adoption... D’autant que les aliénations familiales, largement existantes dans tous les milieux, sont parfois plus naturellement acceptées par des enfants biologiques, dont l’identification aux parents est plus naturelle et moins contestable, voire plus instinctuelle . Cela ne veut pas dire qu’elles ne provoquent pas de névroses ou autres psychose…
Est-ce pour cela que les enfants adoptés présentent, selon quelques études, il est vrai rarement contradictoires, trois fois plus de troubles psychiques que les autres?


    La transmission artificielle du nom, de l’amour, ne remplacera jamais le respect complexe d'une histoire : un enfant n'est pas un roman, un enfant n'est pas un film, un fantasme, ce qu’il ne manque pas de vous faire savoir, dès qu'il commence à être en âge de penser et dire les choses...


L’enfant objet achetable

L'enfant est devenu un objet marchand, un bien culturel. Les choses à ce niveau semblent aller de soi. Si tout le monde s'entoure de « garanties », à coup de commissions, d'institutions, d'associations agréées, il n'en reste pas moins que la plus grande opacité règne au niveau le plus élémentaire de la chaîne : l'abandon lui-même. Quelle que soit l'institution  à laquelle l'on a affaire, lorsque des sommes de quelques milliers d'euros sont données, en plus du billet d'avion, en plus des taxes et autres frais parfaitement officiels et repérés, le circuit de cet argent n'est jamais complètement clair. La transparence comptable n'est jamais totale, quelles que soient les assurances que vont donner les divers organismes officiels chargés de vérifier la validité morale des démarches. Il y a toujours un moment où cet argent va vers un intermédiaire, avocat ou crèche dont on ignore en fait les réelles activités souterraines de trafic, qui ne fournira jamais ses comptes.
Evidement, lorsque l'on donne de l'argent pour obtenir un enfant, et lorsque l'on ne sait pas où va cet argent, il est plus que probable qu'en réalité on participe à un trafic d’enfant, avec tous les risques que cela comporte. Evidement, lorsque l'on donne de l'argent pour obtenir un enfant, et lorsque l'on ne sait pas où va cet argent, il est plus que probable qu'en réalité on participe à un trafic d’enfant, avec tous les risques que cela comporte. Le Vietnam, premier fournisseur pour la France,  a été fermé par le gouvernement Jospin, en raison du nombre de trafic d’enfants, en 1999. Ce circuit, ré ouvert ensuite par les politiques à l’occasion de l’impérieux désir d’enfant d’un chanteur célèbre,ne s’est pas assaini par miracle…  Haïti, le deuxième fournisseur d’enfants pour la France, est au centre d’innombrables trafics, l’exil d’enfants étant là bas devenus une véritable industrie, comme en témoignent de nombreux travaux et reportages facilement accessibles.
D’une façon générale, quel que soit le pays concerné, tapez seulement trafic enfant (nom du pays) sur un moteur de recherche Internet, et jugez vous-même ! Quelques clic Internet suffisent pour se rendre compte de la gravité de la situation, ou simplement appeler Terre des Hommes, association suisse encore objective, qui tente de dire et résister comme elle le peut.

En réalité, aucun pays « fournisseur » n’est à l’abri. Le « droit à l’enfant » crée, moyennant finances, de toutes pièces un gigantesque trafic international d’enfants abandonnés dans des conditions à peu près partout suspectes … Je mets au défi quiconque de trouver un quelconque circuit où le trajet de l’argent versé soit transparent d’un bout à l’autre, avec des comptes publiés, et dans lequel on soit donc certain qu’aucun parent n’est payé pour faire ou abandonner un enfant, voire pire, comme en Colombie, où 100 plaintes par mois sont déposées pour rapt d’enfant…
Les pays du tiers monde dont les enfants sont actuellement pillés ont bien du mal à résister à ce flux financier. L'exploitation de la pauvreté de ces pays est une tentation irrépressible de part et d'autre : qui reprocherait à cette jeune femme de « donner » un enfant dont elle ne peut s'occuper? Qui reprochera à un couple stérile d'obtenir ainsi un enfant, s'il pense, grâce aux pseudos garanties existant, que le circuit est sain et honnête ? C'est ainsi que se développe un marché d'enfants, dont le chiffre d'affaire devient de plus en plus monstrueux, (6 milliards d’euros d’après Terre des Hommes) camouflant rapts d'enfants, abandons volontaires mercantiles ( l'argent ainsi obtenu permettant de vivre plusieurs années), lié parfois actuellement au trafic sexuel en particulier sur l’Internet russe, où se côtoient des annonces d’adoption et d’achat pédophiles… Plus subtile est la démarche de pays de plus en plus nombreux, où on va acheter un enfant contre un programme humanitaire. Là encore, les circuits financiers restent cependant complexes et souvent douteux, quand c’est à son tour l’humanitaire qui soustraite le trafic. L’Espagne et l’Italie se spécialisent ainsi dans cette pseudo bonne conscience…
Lorsque l'on part de cette réalité facilement vérifiable par quelques démarches simples sur Internet, il est clair qu'il y a scandale : non seulement l’adoption est de plus en plus souvent un achat d'enfant, ce qui en soi est largement discutable, mais c’est un achat qui se fait en dehors des lois morales du commerce et de l’humanité la plus élémentaire. Interpol estime que l'argent du trafic d’enfant vient en troisième position, derrière les armes et la drogue…

L’enfant objet possédé.

Il est une autre raison qui prête à réfléchir dans ce lien entre l'enfant et l'argent : lorsqu'on achète un enfant, même si cet argent est présenté comme frais, comme témoignage de la motivation des parents, c'est de l'argent que l'on débourse pour obtenir un objet en échange, ici, un enfant. C'est tout à fait différent de l'échange symbolique. C'est même le contraire. Lorsque j'échange avec un être humain, je ne possède pas, je gagne et je perds à la fois, je construis et je déconstruis, j'apprends à l'autre et j'apprends de l'autre. Lorsque deux êtres s'aiment et échangent cet amour, sur un plan physique, sur un plan symbolique, sur un plan familial, quelque chose vient en construction mutuelle dans lequel il y a une part de sacrifice constamment réciproque. Le symbole est la trace d'un contrat qui engage les deux partis…
    Au contraire, si j'achète un objet, il est à moi et il est entendu qu'il a à satisfaire le besoin pour lequel je l'ai acheté. Un enfant acquis à l'aide de milliers d'euros sera dans le statut de l'objet possédé, mais précisément au détriment de l'échange symbolique qui existerait avec un enfant venu par surcroît dans une relation d’échange amoureux. Contrairement à  ce qui se dit et s’écrit souvent, mieux vaut pour sa liberté subjective à venir qu’un enfant ne soit pas trop désiré pour lui-même..
    Ce statut d'objet de l'enfant aux yeux des autres va l’amener à refuser, voire, si ce refus n'est pas entendu, à détruire le lien dans lequel il s'inscrit de la sorte. Si son statut est figé dans une relation de cette nature de façon indiscutable, ce qui s'exprime souvent par le cri des parents : « après tout ce qu'on a fait pour toi… » il de vient violent, envers les autres et lui-même, dans une proportion variable selon les garçons ou les filles. Cette crise, avec tous ses risques de désocialisation, durera jusqu'à ce qu'il fasse, avec de la chance, des rencontres qui le réinscrivent enfin dans un véritable échange symbolique, et non mercantile. Il est frappant, dans de nombreux cas de ce genre, de constater à quel point la relation adoptante compte peu pour ces adolescents, capables alors de couper totalement un lien de plusieurs années.
        Je rappelle que, dans le temps, acheter un être humain donnait un statut, qui était celui d'esclave. Il est tout à fait évident que si les gens déboursaient 10 000 Euros pour faire venir un adulte dans leur famille, porter leur nom et transmettre leur bien, sans que cet adulte ne soit libre d'un autre choix, cela s'apparenterait plus nettement à une forme d'esclavagisme. La comparaison semble lointaine, car un enfant n’est pas un adulte, mais si l'esclave est un produit utilitaire, les enfants achetés le sont aussi par rapport au désir de transmission de leurs « parents »… contrairement aux enfants qui sont simplement la suite (voulue ou non) d'un désir que les parents se portent l'un à l'autre, ou librement accueillis dans une famille n’en ayant pas un « impérieux « besoin.   
La comparaison du statut de l'adoption à l'esclave acheté est intéressante, même si je conçois qu'elle puisse être choquante. S'approprier un être humain acheté de façon à le faire entrer dans son histoire grâce à  une rupture vis à vis de l'histoire naturelle en est un autre point commun. Que les parents adoptants ne se sentent pas agressés par cette comparaison qui veut simplement faire réfléchir. Acheter et posséder sont des concepts proches, l'un réel et l'autre du côté du fantasme, mais l'enfant adopté peut vivre ce fantasme d’esclave : il a à entrer dans la tâche qu'on lui demande, il n'est pas libre de partir, il a peut-être même été enlevé de chez lui, voire vendu... L'enfant biologique, lui, faisant partie intégrante de son univers, ne peut s'en sentir totalement captif, puisqu'il existe naturellement par lui. Même si l'imaginaire ensuite, le menant bien plus loin que la réalité, puisse faire qu’il s'y sente  à l'étroit.
    Cliniquement, ce fantasme de l’esclavage est parfois présent dans l'esprit de l'enfant adopté ainsi que je l'ai trouvé à de nombreuses reprises. La violence même de certaines de leurs réactions, maintes fois constatées par tous les travailleurs sociaux, s'apparente à une révolte des esclaves… Il n'est pas inutile que le thérapeute l'ait en tête de façon à pouvoir précisément différencier la réalité du fantasme. Ce n'est pas toujours facile, puisque le discours de la famille adoptante soutient parfois ce point de vue d'un bien culturel dont l'appropriation ne doit faire aucun doute.

La crise peut être très grave, avec des parents qui tout simplement ont un désir de bien faire. On sait que le désir de bien faire, lorsqu'il ne tient pas suffisamment compte de la liberté et de la spécificité de l'autre aboutit à des catastrophe d'autant plus graves que ce désir ne se discute pas, le « bien » fait à l’enfant étant par trop évident...
    Répétons-le : le point le plus certain, le point majeur qui pose problème dans l'adoption de l'enfant est l'appropriation d'un être humain par un autre, perversion du désir de transmission, puisque c'est alors un désir de transmission dans la maîtrise, impérieux…
Puisqu'on ne peut vivre sans enfant, on va mettre toute son énergie et toute son âme à en obtenir un coûte que, avec l’aide d’associations et de services officiels qui renforcent et rendent « légitime » cette démarche. Cette attitude révèle en fait l’impossibilité à vivre son propre destin humblement, avec son début et sa fin, aboutissant à une projection dans une transmission sans dialogue, indiscutable, automatique, violente. C’est le problème majeur que pose l'adoption d'enfant.
    On peut comprendre que ceux qui ne peuvent avoir d'enfant désirent en adopter un. Mais pas à tout prix. Mais cela ne s'entend pas parce que pour tout le monde le chemin le plus difficile est de s'accepter comme l'on est, de vivre sa vie et sa mort sans recours. Etre dans cette sagesse qui veut que l'on ne fasse pas porter à un autre être humain le poids de son malaise et de sa difficulté à vivre est le plus compliqué pour l'humain . Une adoption d'enfant fonctionne sur un modèle absolument inverse. Les nombreux enfants qui y sont pris, qui dénoncent souvent dramatiquement par leur symptôme tout ce processus, méritent qu'on s'y attache, même si, je l'entends bien, certains aspects de ce chapitre peuvent profondément heurter quelques familles adoptantes. Mais sont-ils faux…?
    Je ne condamne pas les gens qui vont fortement vouloir un enfant pour donner un sens à leur vie, je dis simplement que cette attitude à de forts risques de traumatiser l’enfant, si elle reste trop indiscutable, trop opaque, trop nécessaire aux parents adoptifs. Et, de plus, cette pression forte des pays dits développés est à l’origine d’une explosion incroyable du trafic d’enfant dans le tiers monde, au nom de ce « droit à l’enfant » qui envahi certains milieux politiques et médiatiques…


Quelques propositions

    Alors, quelle solution à l'ensemble de ces problèmes ? Disons-le tout net, il n'y en a pas. Il faudrait qu'il y ait une solution au malheur du monde et aux difficultés des familles et des enfants, aux catastrophes naturelles aussi. Il faut s'occuper des enfants abandonnés, c'est un devoir social primordial qui met tout à fait en question notre capacité d'être humain. Cela ne se discute pas. Que les enfants aient à être accueilli est de l'ordre de l'évidence, et il faut éviter qu'ils ne le soient dans des collectivités, ce que démontrent de toutes parts par toutes les équipes qui ont travaillés sur ces problèmes, en particulier en Roumanie.
    On doit maintenir l'idée d'accueil familial, en changeant simplement deux points :
                                                                                        - il faut absolument exclure tout circuit d'argent, ou tout échange matériel  (y compris des projets « humanitaires »)  dans les histoires d'adoption. Seuls les frais de voyages, de déplacements devraient être pris en charge par les familles. Voilà qui règlerait un des problèmes de façon claire et ne coûterait pas si cher. Les Etats doivent moraliser la répartition dans les familles accueillantes des enfants qui ont à être aidés, c’est une nécessité éthique. Je ne donne pas cher d'une société qui refuserait de surveiller ce point fondamental et central : un sujet humain, et singulièrement un enfant, a droit à un réseau social et familial suffisant pour exister, dans un repérage symbolique clair et une réciprocité transparente. S'il y a quoi que ce soit à payer pour cela, directement ou indirectement, le sujet se transforme en marchandise, en objet de besoin, dans une barbarie moderne dont on voit actuellement les effets.
                                                                          -La deuxième mesure qui permettrait de sortir de beaucoup des fantasmes dont on a parlé précédemment, de les atténuer en tout cas profondément, serait de supprimer l'adoption en tant que transmission du nom : l’adoption. Ainsi il serait tout à fait clair que l'enfant qui nous vient d'un autre lieu, d'une autre histoire qui a tourné en catastrophe, resterait aussi avec cette histoire, avec ce lieu d’origine, dans son destin d'homme. Voilà qui ne l'empêcherait certainement pas d'être accueilli dans une autre famille, voire de bénéficier d'un statut particulier à inventer, du côté de la transmission, établissant une équivalence avec les enfants naturels de la famille.
 A partir de là, tout le dispositif serait assaini, à la fois du point de vue financier, puis quant à la transmission de l'histoire, ces deux plans se renforçant d'ailleurs l'un l'autre, certains, du côté des parents, payant pour s'inventer une histoire nouvelle... 

    S'il est inimaginable de prendre un adulte, de l'extraire de son histoire, de lui donner un autre nom et de lui dire : tu fais partie des nôtres, dans une autre mémoire et avec un autre nom, ce procédé ne devrait plus s'appliquer non plus à l'enfant. Qu'il soit un bébé n'empêche pas qu'il est lui aussi porteur de sa propre histoire, à sa place et dans sa continuité, même lorsque elle a tourné en catastrophe, même lorsqu'elle a été interrompue. Il a à renouer, à tisser les fils qui lui permettront de cheminer au-delà de la catastrophe, dans les deux sens, vers l'avenir et vers le passé. Tout ce qui y fait obstacle lui fait alors violence, avec le risque majeur de symptômes souvent spectaculaires. Réduire l'être humain à un objet sans histoire, le prendre dans son désir pour en faire le fantasme vivant d'une passion de transmission incoercible  suscite aisément des résistances dont l'aspect spectaculaire est à la mesure de l'incompréhension des acteurs sociaux de ces révoltes spectaculaires. Que de fois ais-je assisté à ces aggravations de révoltes adolescentes quand l'enfant est renvoyé à ses « parents », qu'il « doit » aimer  et respecter malgré leurs défauts, alors que leur rigidité éducative fait rage, contre la propre mémoire de l'enfant. En faisant ainsi, les soignants projettent tout bonnement leur propre histoire, et renforcent la pathogénie déjà en cours…
L'argument employé par l'entourage adoptant pour expliquer ce qui se passe est souvent le suivant : si l'enfant va mal, est perturbé, c'est en raison de son histoire antérieure, de ce qu'il a vécu avec ses parents biologiques. Ainsi, on fait d'une pierre deux coups ! D'une part on s'exonère de sa propre responsabilité dans ce qui se passe, supprimant toute subjectivité à la fois chez soi et chez l'autre, et d'autre part on diabolise le trajet propre de l'enfant, qui n'aura d'autre choix d'identification (inconsciente) que la parole négative des adultes sur son histoire, s'il veut rester lui-même…
Les difficultés de rencontre entre un enfant et un nouveau groupe familial sont extrêmement complexes et subtiles, engageant toujours les deux parties. Le livre de Niels Peter Rygaard, l'enfant abandonné  traite de façon fine et détaillée de ces processus difficiles, mettant en jeu les projections de chacun, adultes et enfants, pour comprendre ce qui se passe. Bien entendu, un enfant carencé, traumatisé, aura des réactions à l'attachement différentes d'un autre, plus sécurisé. Mais l'explication et le traitement du trouble en question ne passera pas simplement par le questionnement de ce qu'a vécu l'enfant (vécu dans lequel la part de la projection et de la réalité est impossible à faire). En effet, le processus d'identification du sujet passe par les signifiants même de la relation, portés par tous les acteurs de ce lien, enfants, parents, soignants, dès qu'ils sont engagés dans une situation. L'être humain est constamment en mesure de créer ce qu'il observe. Il n'existe là pas de neutralité… ni d’autre trajet pour aucun sujet humain, la liberté de choix n'étant possible que secondairement  à ces relations structurantes, conséquence de leurs variétés et de leurs qualités.
Les cas dramatiques dont je parle sont ceux, nombreux, où tous les intervenants, parents et travailleurs sociaux, sont d'accord ensemble dans le processus majeur de projection décrit plus haut, au détriment de l'enfant, qui passe alors du statut d'objet du désir de transmission à celui d'objet psychiatrique...

Bien sûr, là aussi, que l'enfant soit adopté ou accueilli, lorsque les adultes autour de lui méprisent ou méconnaissent son histoire biologique, le résultat n'est pas très éloigné… Il est parfois difficile de ne pas le faire, lorsqu'on sait que tel enfant est le produit d'un viol, d'un inceste, de parents violents. Quel être humain pourrait ne pas juger de tels actes, ne pas  prendre partie, ne pas se révolter ? L'attitude professionnelle dans ces cas, consiste à juger l'acte, bien entendu, mais pas les personnes. Identifier une personne à son acte est la réduire à néant, supprime sa complexité, son humanité même. Une fois que la justice est passée, l'idéal de ce type de prise en charge est bien d'aider tout le monde, coupables et victimes, de sorte que l'enfant aperçoive clairement que tout le monde se respecte, que personne ne continue à juger. Voilà qui est plus facile à dire qu'à faire, mais l'enjeu en est l'adhésion de l'enfant à la prise en charge, puisqu'elle respecte son histoire même…



Interdire l’adoption

Il faudrait modifier la loi sur deux plans majeurs :

-D'abord interdire l'adoption, c’est à dire le vol du nom.. 
Le mélange fantasmatique et réel du vol de l'histoire, à l’occasion du changement de nom, si fréquent et difficile à traiter parfois, ne serait plus si productif de violences et de cassures, la continuité historique de l'enfant étant respectée dès le départ. Tous les livres ayant vocation de faciliter la démarche des parents  adoptants expliquent longuement comment accompagner l'enfant dans la prise de conscience de sa réalité historique. En prendre acte désormais soulagerait tout le monde dès le départ. Le quiproquo, voire le mensonge seraient levés d'emblée, la spoliation du nom et donc de l'histoire, supprimée.
Il suffirait d'inventer un deuxième sorte d'accueil, non rémunéré, à la différence des circuits actuels de l'aide sociale à l'enfance, où le salaire est là justifié du fait que les familles accueillantes font partie intégrante d'une équipe psychosociale, s’occupant souvent de cas nécessitant un vrai travail pluridisciplinaire.
(Il convient de noter que ce travail de l’ASE mériterait aussi d’être remis à plat, puisque 25% des enfants dont elle s’occupe sont à la rue quand ils sont jeunes adultes… Aucune statistique sur le nombre de suicide n’existe à ma connaissance dans ce contexte de prise en charge ASE, on sait seulement que 25% des enfants ASE sont suivis psychiatriquement, contre 1% de la population générale d’enfants du même âge. Quelle est la part respective des lacunes de la prise en charge, des traumatismes de l’histoire antérieure ? Impossible à dire là aussi, probablement les deux, certainement.
Si je soutiens ici que l’accueil serait préférable à l’adoption, il serait prudent de réfléchir à une gestion de cet accueil différente de ce qui se produit habituellement dans certaines ASE départementales, gestion plus profondément respectueuse de la double appartenance de l’enfant. Protéger un enfant contre ses origines, ce qui est grosso modo l’idéologie dominante de beaucoup d’ASE française, en collusion avec de nombreux juges pour enfant, ne donne pas de si bons résultats… Il suffirait de simplement protéger ces enfants de certains actes de leurs parents, tout en maintenant d’une part tous  les liens possibles, mais surtout d’autre part en respectant constamment la complexité de l’humain, en se gardant de juger ces parents en difficulté. C’est souvent ce jugement  négatif sur leurs parents, conscient ou non, qui empêche ces enfants accueillis d’accepter l’aide qu’on leur propose…
Autre point qui pose problème : celui qui reçoit l’enfant n’est pas responsable légalement de lui, celui qui en est responsable ne l’élève pas au quotidien… Aussi ces enfants évoluent-ils au gré de décisions prises par ceux qui ne les connaissent guère, ceux qui en ont la charge n’étant pas responsables, n’ayant pas la tutelle de l’enfant. Un tel dispositif ne peut donner de bons résultats.
Mieux vaudrait que soit clairement mise en place la tutelle de la famille accueillante, du côté du droit, ses devoirs étant de participer à des rencontres entre familles accueillantes, à des formations. Le juge et ses équipes ne seraient plus saisis que de loin en loin, à la demande de l’enfant, de la famille ou d’un travailleur social.)
Ne seraient rémunérés que les placements dans lesquels la complexité de la situation est telle que la famille d’accueil n’est qu’une partie de l’équipe psycho-judicio-éducative qui s’occupe de l’enfant confié à la justice pendant une période difficile.
Au terme de cet accueil, rien n’empêcherait ensuite l’enfant, devenu adulte, de changer à ce moment de nom, en toute conscience, s’il le désire. N’étant pas juriste, je ne puis aller plus loin dans cette idée.
                                                                                                                    
-Réprimer toute transaction financière, directe ou indirecte, autour d'un enfant.

Le trafic serait plus facilement combattu si les moyens de le faire étaient plus nets. Actuellement, le flou sur le circuit des compensations, dons ou motivations financières est tel que tout est possible en amont, et se passe effectivement d'ailleurs.  On en est à échanger des enfant contre des financements de programmes d’aide aux pays donateurs, dans un curieux mélange des genres, où certaines ONG participent ainsi à ces trafics d’enfant, moyennant un tour de passe-passe par lequel l’argent versé pour l’enfant se transforme en projet «dit » humanitaire… L’Italie et l’Espagne sont les championnes de ce type de fonctionnement.

Témoignages


Laissons place à ceux qui vivent ce genre de situation. Voici un témoignage qui , paradoxalement, concerne un accueil, et non une adoption, mais où tout se passe comme si…

Moi, je suis Maman d'une petite …. de 6 ans (très bientôt !) qui m'apporte un bonheur sans nom, une force immense, c'est un vrai cadeau au quotidien. Elle porte en elle une joie de vivre, une douceur et une beauté qui me rend fière et tellement heureuse..... elle porte aussi la chaleur du soleil du Vietnam..... pays qui s'est voulu être le ventre que je n'ai pas eu.... Pays qui m'a donné... ou m'a simplement rendu ce que j'ai de plus précieux sur cette terre.

J'aimerais par mon témoignage redonner espoir aux couples qui croient qu'avoir un enfant c'est forcément le faire pousser dans le ventre de la mère qui va l'élever.... Je sais que l'adoption n'est pas toujours une belle histoire sans souffrance.... comme le démontre hélas le témoignage de cette Maman qui attend avec tant de chagrin qu'on lui donne enfin son fils âgé de 3 ans qui reste inutilement dans un orphelinat à Sofia..... pour de la paperasse.... pour la bêtise humaine !! Son histoire nous fait horreur, et l'horreur c'est que sa situation n'est pas un cas isolé... du ridicule, on en lit, on en apprend chaque fois d'avantage ! Parler de mon histoire est peut-être un rayon de soleil dans le coeur de ceux qui ne font que commencer les démarches, ceux qui vont peut-être se décider à adopter ? Je l'espère ! j'espère pouvoir motiver des futurs parents !

Lorsque j'ai eu ….. elle était dans un orphelinat au Vietnam.... elle n'avait que 24 jours lorsque pour la première fois on l'a mise dans mes bras.

Ce jour là, 14 années de ma vie, détestées, maudites, se sont mises à avoir un autre sens... à avoir simplement un sens. Ma fille était là : il avait fallu que je la trouve. Tout ne s'est pas déroulé comme sur un nuage et nous avons rencontrés quelques obstacles au Vietnam... ahhhhhhhh c'est une autre vie ! mais …. est là !! c'est toute ma raison d'être encore ici sur cette planète que j'ai bien souvent eu envie de quitter avant d'être mère.... Parfois il suffit de comprendre que c'est illogique d'être là à se lamenter sur son propre cas, alors qu'un enfant attend d'être aimé.

C'est le déclic et voilà que soudain, le bonheur apparaît comme par magie. Un enfant attend des parents.... des parents veulent un enfant.... Il ne manque plus que la rencontre. J'ai eu la mienne.... à vous de jouer ! Bonne chance.


La suite de ce genre de cas peut s’avérer délicate, étant donné la force de la projection à l’œuvre..

Deuxième témoignage dans L'enfant abandonné, Niels Peter Rygaard, De Boeck 2005


    .
Jacques est arrivé chez nous à 18 mois. Sa mère, qui avait des problèmes d'alcool, avait finalement marqué son accord pour qu'il vive chez nous au moins deux ans. Dès la fin du premier mois, nous ne l'avons plus jamais revue. Nous avons passé beaucoup de temps à stimuler Jacques, qui était un bébé très susceptible, replié sur lui-même, qui pleurait pendant des heures quand on le nourrissait ou quand on le changeait. Il est devenu petit à petit plus actif, a appris quelques mots et s'est mis à ramper comme les autres bébés. Nous étions triomphants et optimistes. Mais plus le temps passait, plus il devenait évident qu'il était difficile à contrôler.
Il est devenu de plus en plus actif et ne pouvait pas s'occuper ou rester près de quelqu'un pendant longtemps. Il était partout dans la maison, allait dans les tiroirs et les armoires, détruisant souvent des choses ou les déchirant et ensuite s'intéressant à autre chose. Il lui arrivait souvent de dormir cinq minutes et ensuite il redevenait actif pendant des heures, y compris la nuit.
Il était très impulsif et avait peu de capacité d'attention. À 4 ans il traversait la rue simplement parce qu'il avait vu quelque chose de l'autre côté. Parfois il disparaissait sans prévenir et nous le retrouvions chez les voisins, mendiant des biscuits ou autre chose. I1 était difficile de le cadrer étant donné qu'il était très charmant et parlait à tout le monde comme à de vieux amis. Il était le favori de tous et il a vite appris comment utiliser cela pour sa satisfaction immédiate.
Il était très intelligent et si nous le réprimandions ou lui parlions de règles, il les apprenait par cœur mais n'était jamais capable de se rappeler de les mettre en pratique et oubliait aussi vite qu'il avait tourné le dos. Il niait les faits et faisait porter les soupçons sur d'autres d'une façon très innocente.
Nous étions déconcertés - d'un côté nous ne pouvions pas lui résister, d'un autre côté nous devenions de plus en plus frustrés et agacés. Nous nous posions beaucoup de questions sur la façon de le prendre, apparemment il ne comprenait que des ordres formels, secs et simples.
Nous nous inquiétions de plus en plus au fur et à mesure que le temps passait. Jacques pouvait être très doux et gentil avec notre fille qui était un peu plus jeune que lui, mais i1 devenait souvent jaloux et nous accusait de la favoriser alors qu'il en était tout autrement. Un jour nous l'avons trouvée en pleurs avec des marques noires sur le cou ; Jacques a nié pendant des heures et quand il a été forcé d'admettre l'avoir fait, il lui a reproché d'avoir été dans son chemin. Deux minutes plus tard, il avait tout oublié et lui proposait de jouer ensemble. Un jour nous lui avons refusé quelque chose et cinq minutes plus tard il essayait de mettre le feu à la voiture. Nous avons aussi découvert que Jacques avait volé de nombreuses choses, argent, objets brillants et nourriture et les avait cachés dans la cave.
Quand nous essayions de lui en parler, il niait avec force ou donnait une explication fantaisiste. Si nous continuions à en parler, il disait que nous étions le diable et que nous voulions lui faire du tort. Il savait exactement comment trouver nos points faibles.
Quand Jacques est entré à l'école privée locale, la même chose s'est reproduite. Les professeurs l'aimaient bien et niaient qu'il y ait de tels problèmes en classe. Nous commencions à nous détendre quand brusquement nous avons appris qu'il avait été placé dans une classe d'observation. Plus tard, nous avons appris que les autres parents menaçaient de changer leurs enfants d'école si Jacques n'était pas retiré. Les autres enfants l'adoraient parfois parce qu'il faisait ce qui était défendu et le reste du temps ils avaient peur de ses crises de colère. Un jeune professeur féminin, malgré nos avertissements, s'était prise d'amitié pour lui et un jour il l'a frappée par derrière avec une chaise. Elle a dû être hospitalisée deux mois. II semblait haïr tous ceux qui l'approchaient de trop près. L'école nous a conseillé de suivre une thérapie de couple, sous-entendant que notre relation de couple devait être disharmonieuse et la cause du comportement de Jacques. Personne ne semblait nous comprendre et nous nous sommes progressivement isolés de la vie sociale du quartier.
À onze ans, ses fugues ont pris de l'ampleur et des personnes à des kilomètres de chez nous nous appelaient au milieu de la nuit, nous demandant si nous avions «Oublié » notre fils.
Un beau matin, tout l'argent qui était à la maison avait disparu ainsi que Jacques. Il est allé dans une autre famille. ce qu'il voulait depuis des années, mais il n' est resté que six mois. Ils nous ont dit qu'il ne parlait jamais de nous sauf quand il voulait éviter une de leurs exigences. Nous avons été sur le point de divorcer et nous avons dû déménager dans un autre quartier et nous nous sentions coupables parce que nous étions tellement soulagés quand il s'est enfui pour de bon. Nous n'avons jamais rencontré de personne qui ne nous critiquait pas secrètement à moins qu'ils n'aient eux-mêmes de tels enfants. Aujourd'hui il a 17 ans et a été arrêté plusieurs fois pour fraude, tentative de viol et violence. Vous devriez le voir faire fondre le juge en lui racontant l'histoire de ses terribles et cruels parents d'accueil. Qu'avons-nous donc mal fait ?
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Cette courte description est exemplaire, par les non-dit, les blancs, et surtout l’absence complète de réelle remise en question du désir, (ici d’accueil et non d’adoption) et du bien-fondé de la démarche dans son ensemble. Le fantasme de faire du bien à un enfant malheureux, de le sortir d’affaire grâce au bon modèle culturel de la famille, bute sur une résistance qui se renforce du fait que le bien fondé d’une telle attitude n’est jamais pas remis en question. L’idée, souvent invoquée, que le trouble est causé par le traumatisme de séparation à l’origine du placement dédouane à tort de tout questionnement sérieux, même si elle peut être partiellement juste.
On le constate, l’enfant résiste de tout son être et de plus en plus violemment à c e milieu qui tente de le faire exister comme un sujet sans histoire passée… en raison du fantasme pathogène qu’une histoire peut s’inscrire dans le présent, avec l’avenir, mais sans le passé du sujet ! Cette exclusion du passé est centrale, car  il viendrait sinon s’opposer au désir fondamental qui a prévalu à cet accueil, celui-là même qui est la base de beaucoup d’adoptions : projeter sur un enfant une raison de vivre qui fait défaut, qui est en difficulté, de sorte qu’une solution s’invente dans une transmission artificielle, maintenant le fantasme tel quel, en lieu et place d’un remaniement profond et coûteux pour s’adapter à une réalité qui dérange. Par exemple, si construire une famille est ce fantasme fondamental, une stérilité va venir stopper ce désir. Le choix consistera entre s’adapter à cette nouvelle réalité, ce que font beaucoup de couples, ou à forcer l’obstacle, à l’aide d’un enfant adopté. Bien souvent, dans les thérapies qui accompagnent les crises que connaissent beaucoup de ces familles, on en vient à ce moment d’évitement de la réalité, aux raisons profondes de faire à tout prix une famille, de sorte qu’elles cessent de peser sur l’enfant. Il est parfois trop tard, au vu des dégâts provoqués.
Dans ces cas, la vague proposition d’un voyage dans le pays d’origine, le livre mis à disposition, ne vont pas compenser le rapt d’histoire que manifeste le fantasme de l’enfant. Quand, pire, à notre époque, ce rapt n’est pas réel…à l’insu de tous, puisque les bons sentiments foisonnent dans leur rôle confusionnant.

Adoption et anthropologie

La question de l'adoption pose ainsi de façon quasi expérimentale le problème de la nature et de la culture. La réponse que j'ai cru entendre dans toutes les rencontres professionnelles, parfois dramatiques, imposées par les crises aigues que vivent très souvent ces familles adoptantes est claire : l'homme existe là où s'articule les deux, il n'est ni seulement biologique, ni seulement culturel.
Le primat lacanien du symbolique sur l’assomption subjective est une erreur aux graves conséquences : il justifie une forme de toute puissance du désir, ici le désir de nommer, et singulièrement un enfant. Lacan définissait d’ailleurs le sujet comme « épinglé » par le signifiant. Cette nomination est dans son esprit définitive : un raté  paternel entraînerait une forclusion, d’ou sa théorie de la psychose,que j’ai déjà critiquée par ailleurs, pour en formuler une autre .
En fait, tout ce qu’a montré l’observation de l’enfant indique une autre direction, celle de l’interaction. C’est à la rencontre de deux êtres, dans le jeu (aux deux sens du terme) qui apparaît à cet endroit, que naissent le langage et le sujet. Si le for-da freudien fait tourner l’invention du mot autour de l’absence, on oublie trop souvent que c’est aussi dans le cadre d’un jeu. La nomination, dans l’adoption, ne peut fonctionner que si elle repose sur un jeu suffisamment cohérent entre les diverses instances qui fondent le sujet, ce qui est somme toute rare.
La psychanalyse, quel que soit son bord, a toujours posé le père comme une fonction plus que comme une réalité. Le raisonnement est connu, on suppose une symbiose mère enfant, et un intervenant extérieur, le père, qui trouble ce jeu, introduisant l'infans à la subjectivité, par le recul, la perspective qu'il permet dans la nomination. Le trait psychotique serait alors la résultante du ratage de ce nouage à trois, laissant  déferler le miroir sans fin de la projection entre soi et l'Autre, dans une violence subjective qui ne s'arrête pas, où personne ne sait plus qui parle. Dans la théorie lacanienne, un tel déficit de nouage est définitif, forclos, tout autant d'ailleurs que dans les théories plus classiquement freudiennes, où l' « explication » tient à des pulsions narcissiques biologiquement trop développées.
Les psychiatres cognitivistes actuels mettent l'accent sur un processus cognitif particulier, qui tient à une difficulté singulière à relier par du sens les pensées et actes rencontrées, qui se renvoient plus les unes aux autres qu'à un sens humain profond et cohérent. Ils répètent en fait sans le savoir ce qui a été repéré depuis longtemps par les phénoménologistes, et qu'ils dénommaient l'absence d'apprésentation du réel, c'est à dire l'absence de travail de distance avec les représentations, distance qui permet à une signification de résonner ou non avec ce qui s'éprouve subjectivement.
Toutes ces données se complètent, et dessinent dans le trait psychotique une difficulté de représentation de soi-même et de l'autre, empêchant le traitement des informations en terme de logique humaine suffisamment profonde, à la fois reliée à l'autre et détachée de lui.
Pourquoi ce rappel ? C'est que si dans le trait psychotique, le problème est celui du rapport entre les logiques subjectives proposées au sujet et son authenticité profonde, le lien qui existe entre le père biologique et l'authenticité d'un sujet est fondamentalement de même nature. Pas plus que Spinoza, je ne crois à une réalité psychique séparée du corps. L'histoire du corps rejoint l'histoire culturelle, s'y relie, s'y mêle, dans une intimité profondément ressentie par ceux qui la vivent. Les actualités foisonnent de gens qui, issus de dons de sperme, par exemple, n'ont de cesse de retrouver le donneur… L'énergie que mettent les enfants nés sous X, puis accueillis ou adoptés, même à quelques jours, à retrouver, malgré les obstacles, leurs parents réels montre aussi la force de cette aspiration à vouloir savoir de quelle terre, de quelle culture, de quelle pâte on est réellement construit. Les lecteurs de Jean Giono savent de quoi je parle..
Le débat entre culture et nature est tranché depuis quelques années : l'un et l'autre se mêlent sans cesse, et on découvre chaque mois un nouveau gène, dont on constate qu'il a besoin de tel ou tel milieu pour s'exprimer. Sans gène, pas d'expression, mais sans milieu non plus. Le débat est aussi proche d'être clos à propos du cerveau, dont on constate de plus en plus qu'il a besoin de l'autre, dans des interaction continuelles, pour se développer, plus ou moins, mais sans cesse tout au long de la vie.
Le besoin de l'autre est vital pour l'homme. Son développement psychique et physique passe par la nécessité de résonances dont la justesse et la profondeur façonneront son destin. C'est cette justesse et cette profondeur qui expliquent l'importance du vrai, pour que ce qui structure le fasse avec le moins de symptômes possible. C'est là le sens de la recherche d'une authenticité biologique, qui tend en fait à remettre en accord l’histoire du corps et de la culture chez un sujet.
Il ne suffit pas simplement d'un tiers qui opère cette fonction d'espace entre soi et l'autre, il y faut aussi une multitude, une finesse, une justesse de résonances suffisantes afin que le sujet maintienne un sens humain à ce qu'il voit chez l'autre et ressent chez lui. La qualité et la richesse requises là sont à la fois culturelles et biologiques… Le sujet dépend de la réalité qui est la sienne, réalité passée autant que présente, culturelle autant que biologique. La fonction paternelle qui permet l'écart de l'inscription symbolique est les deux à la fois. Elle tient au corps et à son histoire autant qu'au seul symbole, qui ne fera signifiant que si sa résonance réelle est suffisante. C'est la prise en compte de la complexité réelle de son histoire qui fait le vrai tiers symbolique permettant la sortie du miroir narcissique. Le père réel y a une place, éminente, même si elle n’est pas, heureusement, exclusive.
Ainsi, se repère mieux l'énergie que mettent ces enfants «sans histoire» à retrouver la leur : ils vont ainsi sortir du miroir projectif que leur ont proposé des parents adoptants souvent aveuglés par leur passion de transmettre à tout prix, afin de retrouver la complexité biologique et culturelle qui fait le vrai terreau de l’humain.

Si l’homme a une histoire culturelle, il a aussi une histoire biologique, ce que notre époque montre avec une grande acuité. C’est précisément la dé liaison des deux qui est la base des débats éthiques autour des manipulations génétiques humaines, des procréations assistées,  des dons de sperme, voire des OGM et enfin, pour ce qui nous intéresse, des adoptions. Cette désintrication du corps et de la culture se double d’une autre : la transmission des valeurs est peu à peu remplacée par une simple transmission financière. Un utérus loué vaut tant, l’enfant d’une gamine des favelas lui rapporte tant, quand il n’est pas volé, un enfant étranger coûte tant, même quand c’est camouflé en financement de programme humanitaire, comme c’est de plus en plus à la mode, etc. etc..
Corps et culture se délient, argent et valeurs se dissocient…
 C’est la même chose dont il s’agit, à savoir que la jouissance, quand elle n’est pas la mesure d’un amour, d’un échange profond et réel, n’a plus la moindre valeur. La transmission réelle n’est pas la transmission d’un fantasme, piètre surface projective  qui ne saurait remplacer l’épreuve forte de la vie, seule féconde, où corps, histoire et culture sont étroitement mêlés à l’acceptation du réel. Si le désir d’enfant n’est plus que la satisfaction d’un besoin, dans une transmission plus fantasmatique que réelle, alors le corps de l’enfant perd sa valeur et devient marchandise, ce à quoi nous assistons, dans une perversion sociale généralisée à laquelle adhèrent certains politiques, cela va de soi puisque cela rapporte des électeurs en mal d’enfant.
Dans un vrai désir de transmission, la conscience des valeurs empêche précisément de prendre un enfant en otage de son propre désir. C’est ce que la psychanalyse nomme castration…

Enfin, la vitesse du remaniement social, néolibéral et scientifique actuel, met à mal les structures culturelles locales. On peut penser ne pouvoir agir là dessus. Mais il faut être vigilant. Les remaniements scientifiques, techniques et économiques ne sont pas les seules valeurs de l’homme. Le symbolique et ses effets ne sont pas tout-puissants, ils ne sont fondés qu’à s’articuler suffisamment avec le réel de l’histoire, de la biologie, des cultures et des individus. C’est à ces carrefours que les valeurs politiques ont un sens, de limiter le simple effet d’un remaniement scientifique ou symbolique pour tenter d’en garder un sens humain. C’est d’ailleurs à ce niveau que l’anthropologie moderne, à travers Maurice Godelier défriche, à mon avis un peu timidement : derrière un relativisme culturel considérable, qu’est-ce qui fait l’homme ? Si un père peut coucher avec sa fille chez les trobriandais décrits par Malinowski, si une tribu amazonienne, les Baruyas, ne se reproduit que du rapt d’enfants des autres tribus, si un homme peut voler, tuer ou manger l’autre, que reste-t-il de l’homme ?
Il reste certes que chacun est structuré par sa propre culture, limité aussi par elle dans sa compréhension des autres peuples.
Reste aussi que ce que l’ethnopsychiatrie montre mieux que notre psychiatrie, à savoir que chacun ne doit pas trop s’éloigner de la profondeur de son histoire, de son articulation singulière aux autres s’il veut conserver sa parole, l’expression et la construction de son désir.
Reste surtout que chaque peuple, chaque culture, chaque structure sociale s’articule à des visions du monde personnelles, grâce auxquelles chaque homme réinvente le monde en fonction de ses valeurs distincts et singulières. L’action individuelle de chacun est le versant noble de la politique, un des vecteurs des changements sociaux. Il ne dépend ni de l’épinglage symbolique (Lévi-Strauss et Lacan), ni de l’aliénation imaginaire (comme le pense Godelier), ni des valeurs culturelles, mais d’une alchimie profondément complexe et contradictoire, hétérologique, face à laquelle chaque homme est seul.
Il est rare que les anthropologues (voire les psychanalystes…) parlent de cette liberté du sujet, qui pourtant s’articule toujours avec les objets propres à cette science, à condition que l’on s’intéresse aux causes des évolutions sociétales. L’une d’entre elles est la capacité qu’ont les hommes de créer sans cesse du symbolique dans le réel mouvant et confus qui les entoure. Entre autres facteurs, nombreux, on trouvera toujours celui-là. Le fondement de l’anthropologie restera encore longtemps du côté du structuralisme, même si sa forme moderne est plus dynamique, plus évolutive, et finalement parfois aussi plus singulière que ne l’a posée son fondateur.
Car si le sujet a une histoire, le corps a aussi la sienne, dans un rapport qui n’est pas toujours congruent. Cette tension entre corps, culture, symbolique et imaginaire, de nature hétérologique, est la source de l’énergie qu’un homme met pour inventer sa vie, et parfois, par ricochet, un peu celle des autres. Si la spaltung lacanienne est fondamentalement à l’œuvre dans le désir inconscient, elle est donc aussi productrice de culture… Cette croisée dynamique entre l’invention singulière et la structure sociale fait ainsi limite entre psychanalyse et anthropologie.

Mais l’inscription culturelle ne prend un sens subjectif que de ce que le corps réel, le corps affecté, le corps biologique et historique se situe dans une valeur d’échange suffisante avec l’autre, contrat complexe qui fondera l’inscription symbolique, le sens.
A ce niveau, il n’est pas certain qu’acheter soit équivalent d’échanger, ce que montrent les dérives massives actuelles de l’adoption internationale. Il serait plus juste d’oser mettre des termes plus précis sur tout cela, comme ceux de trafic d’enfant, ou de forme moderne d’esclavagisme, (acheter un être humain pour son usage personnel), afin de mettre les bons mots sur les bons concepts. Ce préalable préparerait mieux les actions politiques individuelles et collectives indispensables pour enfin promouvoir l’accueil d’enfants qui en ont le plus grand besoin, dans le respect de leur complexe valeur humaine, biologique et historique, et non dans le statut d’objet achetable, cette barbarie devenue actuellement quotidienne et parfaitement scandaleuse : acheter un enfant pour donner un sens à sa vie… Ainsi se confisque leur propre invention du social par ces enfants, remplacée par toutes sortes de symptômes dits psychiques, à savoir en tout cas, dans toutes les statistiques, trois fois plus de suicides réussis que chez les enfants non adoptés , et dans certaines autres, 25% des patients des services psychiatriques , alors que les adoptés sont 1% de la population française…


 




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