fin d'analyse chez les freudiens





Serge LEBOVICI a écrit un texte qui s’appelle LA FIN DE LA PSYCHANALYSE ET SES MODES DE TERMINAISONS, sur lequel nous allons nous appuyer pour ce travail. 
Le premier constat que LEBOVICI avance est que rares sont les psychanalyses qui arrivent à leurs termes. On est dans un processus pour le moins flou : « Ce remarques préliminaires suffisent à montrer combien et à quel point les positions peuvent varier lorsqu’il s’agit de traiter cette question ; les psychanalyses ne se terminent pas souvent comme on l’aurait espéré. Les écrits portent sur la fin de la psychanalyse. En pratique, on se trouve devant des psychanalyses qui prennent fin ou plutôt se terminent. » Donc, grosso modo, constat d’échec pour lequel il va tenter de trouver un certain nombre d’explications. 
Alors il va poser plusieurs problèmes. Qu’est ce qu’un trajet psychanalytique, à quoi doit-il arriver ? Qu’est ce qu’une psychanalyse infinie ? Pourquoi actuellement y a-t-il de plus en plus de psychanalyses infinies ? En essayant de comprendre aussi quelle est la place de la psychanalyse didactique.
La première idée importante de ce texte est que la psychanalyse correspond à la reconstruction d’une névrose infantile. A partir du moment où on a reconstruit la névrose infantile, l’idée freudienne (freud parle de ça très clairement) est que le problème est résolu et que la redistribution libidinale, le réinvestissement objectal peuvent se poursuivre. C’était d’ailleurs cette histoire de redistribution libidinale, c'est-à-dire que la libido ne reste pas bloquée dans les conflits infantiles, qui était la thématique principale de Balint. 
Comment poursuit Lebovici à partir de là? "Il va sans dire qu’une telle description correspond plutôt à des valeurs idéalisées et que même dans les cas les plus heureux on est amené à prendre la décision de terminer la psychanalyse sans être sûr que de tels objectifs puissent être jamais atteint."  Il revient donc sur cette théorie avec, tout simplement, un constat d’échec. Ça veut dire qu’on aura à se poser la question de savoir ce qu’est exactement cet écueil, pour avancer sur ce point.( Il est honnête LEBOVICI : c’est agréable d’avoir des auteurs qui contrairement à Freud souvent, ne disent pas, ça marche alors que ça ne marche pas. On sait que Freud a falsifié un certain nombre de cas et même d’écrits par rapport à ses notes pour donner la priorité à sa théorie. On aurait avancé plus vite sans ce genre de fuites. Là au moins Lebovici dit : ça marche pas, c’est bien, ça fait penser).
Le résumé de cet échec est que quand la névrose infantile est reconstruite, que le transfert est liquidé ou du moins que les restes transférentiels ne sont plus actifs car désamorcés ça ne fonctionne pas.
 À partir de là, il va venir un peu la même réflexion que chez les jungiens : si ça ne marche pas, peut être faut-il analyser la séparation, à savoir le sevrage. Voila un analysant qui est tout d’un coup en position d’être sevré de son analyse, avec en outre des fantasmes de mort, de disparition. Il critique cependant cette vision des choses qui ramènerait à des thématiques trop régressives en même temps qu’il soutient que bien évidemment ça pourrait fonctionner comme ça. 
Donc le flou et la confusion reste au centre de ces réflexions. 
Comment analyser les conséquences de la perte de l’objet dans la fin de la psychanalyse, alors que la possibilité même de cette perte advient parfois, dans les cas les plus heureux et après quelques années, dans une durée qui tend à s’allonger, sans que l'on n'en repère vraiment les ressorts. La décision de terminer n’est pas plus net que ça.
Cette histoire de perte de l’objet sera reprise dans la suite de ce travail, car elle évoque précisément la question de l’espace psychique entre le sujet et son symptôme. Cela a à voir avec la fonction de l’objet dans la constitution même de l’appareil psychique. Disons d'un mot que l'objet principal dont il s'agit dans la fin de l'analyse n'est pas ni externe ni fixe ni même à fonction identitaire, ni enfin sa disparition à la mode lacanienne : il s'agit de la capacité à élaborer une parole dialogique vivante et critique... C'est cette place qu'occulte le symptôme. L'espace entre symptôme et sujet est le risque de cette parole inventive et subversive.
À la suite de l'échec de penser la fin de l'analyse avec ces affaires de séparation il vient logiquement ensuite à l’idée de Serge Lebovici que les analyses de formation, les analyses didactiques doivent être différenciées des analyses thérapeutiques, (puisqu'elles ne marchent pas!!!), qu'il ne faut pas mélanger les deux, mais sur un mode qui est très curieux parce que à la fois il explique que l’analyse de formation peut créer un collusion entre l’analysant et l’analyste qui est dommageable au processus transférentiel, à l’analyse transférentielle, en même temps qu’il faut absolument différentier les deux positions de façon à ce que n’arrive pas comme candidat en psychanalyse des névroses de caractères bien liées à notre époque qui sont des gens qui veulent un pouvoir social ou un pouvoir sur l’autre et qui font une analyse, pour être analyste de manière pathogène alors qu’ils auraient dû faire une analyse proprement thérapeutique.
Donc on est dans une impasse complète c'est-à-dire que soit on fait une analyse thérapeutique qui ne marche pas, soit on fait une psychanalyse didactique en sachant que la proposition de devenir analyste va bloquer le chemin à un niveau de collusion identitaire avec l’analyste, au résultat que ça ne marche pas non plus. Reste une seule solution, non dite : les candidats analystes sont des êtres sains qui n’ont pas de névrose de caractère ou perverse ou psychotique et que ils n’ont pas besoin d’analyse pour être analyste. C’est très curieux, très flou et très étrange.
La suite du débat est du même tonneau. Je suis désolé de ce flou et de cette confusion mais elle est dans le texte et on ne peut pas avancer autrement qu’avec cet objet un petit peu étrange. En particulier il parle du problème des analystes qui aident leurs analysants à s’installer puisque à ce moment là l’analyste participe littéralement du destin de l’analysant et va valider quasiment une production délirante, créer une pseudo réalité. Ce n’est pas le rapport de l’analysant au réel qui est en question, mais au contraire ça devient un échappement à ce réel, avec toutes les conséquences qui y sont liées.  Notons que ce sont des pratiques qui continuent parfois. Littéralement, il s’agit de procédés où l’analyste prive l’analysant de son destin. Mais c'est cependant une pratique très proche de l'identification au moi de l'analyste, qui elle n'est pas critiquée, et c'est cela qui reste pour le moins flou.
Je vous rappelle que l’homme au loup fut l'objet d'une analyse interminable, qui a échoué. C'est quelqu’un qui a bénéficié d’une rente à vie de la société de psychanalyse de l’époque eut égard aux services rendus à la théorie. L'homme au loup vivait grâce à l’article de Freud sur son cas, ce qui reste dans cette ligne générale où désir de l'analyste et du patient restent confondus. De la même façon, cela nous interroge sur ce qui se passe quand un analyste éprouve le besoin de désigner un autre analyste pour un patient, ce qu’il en est de cette néo familiarité créé ainsi et les impacts destructeurs sur l'absolue singularité du désir.
Donc on voit que ces histoires de fin d’analyse les flous, les confusions et les difficultés cela ne datent pas d’hier. La reconstruction de la névrose infantile ne marche pas. L’élaboration du deuil ça marche pas, la séparation de l’objet et le deuil de l’objet ça semble ne pas fonctionner non plus. Après ces quelques pages LEBOVICI essaye de voir si la visée de l’analyse ne pourrait pas simplement être une adaptation sociale, un mode de fonctionnement qui deviendrait cohérent entre soi, les autres et la société.
On sait que le propos auquel il fait allusion est en fait un propos d’Anna FREUD : "nous parlons normalité quand nous avons l’impression d’un équilibre intérieur satisfaisant auquel correspond un degré égal d’adaptation à l’entourage. Les conflits et les perturbations internes, les échecs avec la vie, avec nos relations harmonieuses avec le monde extérieur nous laissent en revanche l’impression d’un tableau pathologique."
 Puis, LEBOVICI se défend d’une attaque de François ROUSTANG  à ce propos, qui est cependant juste, même atténuée de cette citation d’Anna FREUD selon laquelle on se trompe dans de procès de normalisation parce qu’on ne parle pas que d’adaptation à la société mais aussi d’équilibre intérieur retrouvé.
Mais enfin on parle des deux sans aucun doute et indirectement on voit qu'au fond toutes ces théorisations que l’on traverse sur la fin d’analyse, comme elles ne marchent pas, prêtent à une même critique qui devrait pouvoir nous permettre d’avancer. Il s’agit précisément pour ces derniers points de l’absence de différentiation entre la réalité sociale et la réalité psychique, telle que la pose Marc Thiberge. Il est clair en particulier que dans une idée de fin de cure adaptative il n’y a pas de différence entre les deux plans.
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Il s’agit aussi là d’une visée symptomatique : s'il y a un trouble à l’ordre social lié au symptôme, dire qu'il faudrait que le trouble disparaisse pour que tout se passe bien, ça redevient une visée symptomatique, qui a un sens immédiat car il est vrai que les gens et leur entourage souffrent de leurs symptômes. Cependant il semblerait que quand on va de ce coté là se proposent beaucoup d’échec .......
De quelque façon qu'on prenne cette question de la fin d’analyse chez les freudiens, on ne peut rien en dire. C'est-à-dire que les psychanalystes s’arrêtent à des moments indéterminés sur des résultats non répertoriables. Ça veut dire qu’il y a une question sur le contenu même du travail qui reste posée à l’heure actuelle.
Les textes plus modernes sur ce sujet n'amènent, pour ce que j'en ai lu, rien de plus.
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C'est aussi que la visée adaptative, quelle qu'elle soit, même si elle est sur une participation inconsciente de l'analyse à une souffrance qu'il aimerait voir disparaître rapidement, ce que l’on peut comprendre, l'amène en fait à projeter un idéal de fonctionnement sur son patient et à prendre de vitesse l'élaboration singulière de celui-ci. À partir du moment où il y a une pesée sur les symptômes, un désir de guérir chez l'analyste, en fait c’est la représentation interne à l'analyste qui fonctionne ainsi et  va inévitablement amener à des interprétations sauvages. Toutes plus violentes les unes que les autres. Par exemple, ce cas d’une petite fille qui présente des problèmes d’identité sexuelle et avec laquelle LEBOVICI, ayant ces représentations sur la fin de la psychanalyse, sur la fin du malaise, désirant que cette gamine ait à nouveau un fonctionnement sexuel conforme à ses idées, va se livrer à des interprétations incongrues jusqu’à ce que les parents interviennent pour arrêter la cure à juste titre.
Je vais vous faire part d’une de ses interprétations qui est tout à fait extraordinaire. "Après cette séance la psychanalyse va durer encore un an. Je serai amené sur la pression de l’école à diminuer le nombre de séances et Clo (c’est le nom de la patiente) doit avoir à nouveau des crises d’épilepsie d’une manière tout à fait volontaire qu’elle manipule avec une grande irrégularité les médicaments anti comiciaux qui lui sont prescrit. Un soir qu’elle vient seule elle a une crise d’épilepsie la nuit ce qui me permet de lui dire (c’est une petite fille qui a subi une intervention de castration réelle, parce qu’il y avait une ambigüité sexuelle et l’hypothèse de LEBOVICI est que la castration est impossible chez elle puisque butant sur le somatique : il faut réintégrer à la fois cette castration et donc du coup un désir sexuel et elle serait guérie, elle serait comme tout le monde) qu’elle a eu envie que je sois un satyre même lorsque je ne suis pas seul avec elle dans mon bureau et qu’elle est seule dans son lit."
Voila une interprétation que propose Serge LEBOVICI avec une petite fille de 9 ans. Les parents vont interrompre la cure quelques semaines plus tard.
Alors pour être plus sérieux, ça veut dire que la question de la fin de la psychanalyse lorsqu’elle est trop près du symptôme, lorsqu’elle concerne une théorisation de la psychanalyse qui a à voir avec un processus identitaire très fort chez l’analyste, comme pour LEBOVICI qui tenait à ses théories sur la sexualité infantile, devient l'affaire de l'analyste plus que de l'analysant. Lebovici était identifié de façon très sensible à Freud  et il avait besoin, comme lui, de projeter une possibilité d’harmonie, de guérison ou de bien être sur ses patients d’une façon compulsive, d’une façon qui était de l’ordre d’un passage à l’acte et de l’interprétation sauvage. Ca veut dire que lui-même avait probablement une problématique narcissique tel qu’il projetait un narcissisme harmonieux chez l’autre qui faisait violence dans la dynamique transférentielle. On sait que cette question du narcissisme revient souvent dans les théorisations sur la fin de l'analyse tant chez Freud que chez ses élèves directs et dans les écoles qui en sont issues.
Bien entendu je ne fais pas de LEBOVICI un problème de personne, contrairement à ce qui peut sembler. C'est qu'il est surtout victime de sa propre théorisation de l'analyse, et dans l’impossibilité d’aller plus loin avec les bases qui sont les siennes, en particulier avec cette vision du narcissisme, à peu près complètement accolée à un édifice imaginaire massif, donc de ce fait pathogène.
On a beau prolonger l'analyse, interpréter tout ce que l’on peut, la névrose bute sur le roc de la castration dans la terminologie de FREUD, sur une pathologie narcissique pour Lebovici. Pour ces deux auteurs, il y a de toute façon une limite qui empêche la plupart du temps, les résultats thérapeutiques.

FERENCZI, lui, pensait que la psychanalyse pouvait avoir une fin. Il faudra donc aussi faire un travail sur la fin de la psychanalyse vu par lui, puisqu’il à écrit un article là-dessus, dans le dernier tome de ses écrits et dans lequel il est donc en désaccord avec FREUD. 
Ferenczy était l'inventeur de la technique active et de l'analyse mutuelle, deux techniques qu'il appliqua puis abandonna tour à tour. Très critiqué par FREUD pour ces innovations à fort engagement transférentiel, ce fut un des motifs de leurs querelles pseudo paternalo filial, puisqu’ils avaient des rapports un peu de ce genre.
Cependant, on peut penser qu'il défricha ainsi une voie nouvelle, même s'il n'alla pas au bout. C'est que ces deux techniques mobilisaient ce que j'appelle dans d'autres travaux des logiques subjectives.

On approche de quelque chose d’important autour duquel tournent tous ces auteurs. 
Un autre facteur par exemple affecte l’optimisme thérapeutique à propos du sort de la névrose de transfert et des liens transférentiels. Selon FERENCZI leur extinction naturelle est tout à fait possible. Beaucoup d’analystes au contraire estiment comme Serge Lebovici que la perspective de terminer l’analyse et l’anxiété de la séparation que ce projet déclenche activent les restes transférentiels et justifient par là ce qu’il appelle par là la phase post analytique du traitement. Il s’agit tantôt de laisser le soin à l’auto analyse de produire ses effets, tantôt de revoir le patient dans une perspective de révision courte et souvent féconde.
D’autres auteurs estiment que le poids de la réalité extérieure doit intervenir pour permettre la diminution du poids de la relation transférentielle. Sacha NACHT propose que l’analyste s’expose dans sa personne, dans son mode de vie dans sa manière de penser et juger. Maurice BOUVET utilisait d’une manière plus fine des événements minimes survenant aux cours des séances et tendant à modifier la rigueur du cadre analytique : une réponse au téléphone veut bien dire que le psychanalyste si soucieux des horaires et du respect de la séance a aussi sa propre vie et ses propres centres d’intérêts.
On parle là d’un thème qui vient souvent, et qui parle de la question de l’asymétrie ou de la symétrie de la relation analytique. Il est très clair que FREUD avait une vision parfaitement asymétrique alors que FERENCZI avait une position symétrique exactement contraire. C’est à ça que peuvent se résumer les termes de psychanalyse active ou non. Notons que c'est aussi le seul, qui a essayé de théoriser une relation symétrique et le seul qui a soutenu que l'analyse avait une fin.. Ce n'est pas du hasard. Pour faire un pas de plus, c'est aussi lui qui soutenait que les problèmes en analyse venaient de l'analyste et non pas du patient! Tout cela va dans la direction qui sera explorée dans ce travail.

Dans les analyses Lacaniennes, l'analyste reste en position de sujet supposé savoir (donc il faut qu’il se taise le plus possible, parce que dès qu’il va dire quelque chose il va dire une bêtise, comme tout le monde, c’est pour ça que les analystes se taisent, c’est pour jouer au sujet supposé savoir), position parfaitement asymétrique. Les tenants de cette position asymétrique, soit les Freudiens qui sont d’un côté d’un savoir que n’a pas le patient soit les Lacaniens qui sont du côté du silence, tous ces praticiens nous disent " la fin d’analyse on ne sait pas ce que c’est, on en a jamais vu". Bon, j’exagère un peu mais c’est grosso modo ce qui s’ébruite. LACAN dira, répètera, que la passe, (donc la fin de l'analyse..), c’est un échec quelle que soit la façon dont c’est tourné ensuite par ses successeurs, on y reviendra plus tard qu’on travaillera sur les Lacaniens. Notons donc encore que le seul qui soutient et qui théorise une position symétrique, Ferenczy, est le seul aussi qui dit qu’il y des analyses qui se terminent. Gardons cela en tête.
Un autre critère de fin d’analyse dont parle LEBOVICI et beaucoup d'autres est le fait que le patient puisse associer librement, c’est à dire sans que l’organisation du processus associatif ne soit perturbé par les effets de transfert, ce qui constituerait un critère important pour aboutir au jugement qu’il peut se séparer de son psychanalyste. Alors il est vrai que dans la pratique de notre travail on s’aide des blancs, des silences, des omissions d’autant le traitement en est au début, alors qu’une forme de fluidité nouvelle apparait à la fin. Moi, je n’en dirai guère plus que ça, avec quand même un bémol très important : c’est que certains patients psychotiques ou psychopathiques fonctionnent ainsi sans aucun barrage associatif. Ce critère est insuffisant puisqu'il concerne de graves pathologies aussi bien que des gens simplement plus fluides dans leur façon de penser.

Pour revenir à cette question de la position symétrique ou asymétrique, faut il croire que si l’analyste s’expose il va disparaître dans sa dimension imagoïque ou d’objet de projection? Rien n’est moins sûr. On arrive en fait à quelque chose d’extrêmement important. C'est que LEBOVICI suppose, comme les gens de cette école et la psychanalyse américaine avec, que fait partie de la fin de la psychanalyse le fait que le patient introjecte le Moi de son analyste. Et la crainte qu’il a, à prendre une position symétrique, est de disparaître en tant qu’objet idéal et de ne dès lors plus en permettre l’introjection. 
On voit que cette formulation abouti vraiment à démontrer ce que j'avançais tout à l’heure : il y a des gens qui sont analystes pour supposer qu’ils peuvent se représenter être introjectés par le patient comme des objets idéaux!  Voila peut être quel est le vrai désir d’être analyste! La fin d’analyse va être le constat que cet objet idéal guérit puissamment le patient de ses manques et autres troubles. 
On est sur une métaphore presque sexuelle d’introjection d’un objet idéal qui va permettre la satisfaction totale du patient ou de la patiente. Et, c’est écrit comme ça noir sur blanc! 
Alors Lebovici va critiquer l’école inverse, qui utilise l’asymétrie du coté du silence. Lui il préfère finir dans l’incarnation de ses patients, plutôt que comme ROUSTANG qu'il prend comme contre-exemple, le citant : "et alors l’analysant s’aperçoit que le ciel est vide qu’il n’y a aucun pouvoir si ce n’est en lui-même, il n’a rien à attendre de cette autre personne. C'est-à-dire qu’il n'a pas à croire que c’est l'analyste qui sait et que si quelqu’un a à savoir et à savoir plus, c’est lui et personne d’autre." Ce même auteur s’exprime ainsi à la fin du même livre : "c’est la constance propre des ses fantasmes et désirs qui défait les liens du transfert et situe l’analysant non plus face à un autre existant mais à personne et nul autre et qu’un autre inexistant dont il a seulement besoin pour parler, déparler, fantasmer et désirer. Le lien des générations est alors en suspend et c’est un des aspects de la dissolution du transfert.".

On passe en réalité d'un extrême à l'autre, et c'est la raison pour laquelle la critique freudienne du lacanisme est aussi entendable que l'attaque par Lacan des positions de Lebovici et de ses collégues que nous venons de voir!
Car ce sont là  des thèmes connus du LACANISME que le désêtre, la traversée du fantasme, le psychanalyste comme être pour la mort. Ils sont tout aussi contestables...

De son côté Piera AULAGNIER a écrit en 1977 : "Si la personne n'est effectivement que personna, masque, et derrière la personna, personne, c'est-à-dire outis (mot grec signifiant personne, rien, nul, nom que se donne Ulysse pour échapper au Cyclope), c'est la meilleure façon d’amener le sujet à la vérité. N’est elle pas effectivement de la laisser marcher jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’elle peut raconter, ou se raconter n’importe quoi, et également se taire, tout revenant au même, c'est-à-dire à une pellicule de mots ou de silences qui ne recouvrent rien?"Ça correspond à ces séances que nous racontent parfois des patients qui viennent nous voir après avoir rencontré des Lacaniens pur et dur, silencieux comme des autistes : et voilà je déversais, je disais, je disais, je n’avais aucune réponse, j’ai fini par m’angoisser, je me suis barré. Bonsoir Docteur !
Piera Aulagnier décrit cependant une position qui existe et est même souhaitable dans certaines séances et à certaines séquences de l’analyse ; là aussi on y reviendra quand j’exposerai mes propres idées sur le sujet. Mais pas comme un modèle, pas comme un idéal, pas comme une position asymétrique systématique. Ça vise un but précis de déconstruction, certes, mais partielle!
Mon désaccord avec ces propositions techniques sera mieux compris par la référence que je propose aux déclarations de Jeanne FAVRET-SAADA (http://www.oedipe.org/fr/documents/favret) lorsqu’elle quitta en 1977 l’école Freudienne de Paris en partie parce qu’une de ses amies s’était suicidée au cours de la malheureuse passe. 
La remarquable critique qu'elle construit alors n'aboutit cependant pas à une conclusion constructive quant à la possibilité même d'une école d'analyste. C'est qu'en fait, elle dénonce certains effets de la théorisation lacanienne sans proposer vraiment d'alternative
"La terminaison de l’analyse vérifie que l’analyste n’est pas mon père, ni ma mère, ni le docteur, qu’il n’est rien ou simplement le support artificiel de mes fantasmes." Dans cette phrase, elle acquiesce et répète en réalité les errances lacaniennes sans avancer plus. Mais 
la critique de la passe lacanienne, sur laquelle on reviendra, reste fort pertinente. Charles MELMAN, dans un texte beaucoup moins incisif que celui de Jeanne Favret Saada arrive à la fois à la justifier puis à dire en même temps que par rapport à la pratique réelle de la passe, lui, il n’avait pas voulu ça ; on lui a demandé mais il n’aurait pas voulu y aller, tellement ça posait problème..

On voit que finalement les deux positions décrites comme asymétriques, c'est-à-dire l’analyste comme exemple ou l’analyste comme desêtre, au-delà de son incarnation réelle, semblent poser problème pour une fin d'analyse.

Serge Lebovici tente malgré tout lui aussi de se situer dans ces deux théories de la fin de l'analyse. "Il convient donc de témoigner de mon désaccord avec les propositions qui suggèrent de terminer l’analyse par la connaissance de la réalité de l’analyste mais aussi avec celles qui estiment que l’analyste ne doit plus être personne pour son patient. C’est bien au contraire à une relation authentique, de personne à personne, aussi peu chargée que possible de déplacements transférentiels ou contre transférentiels que doit aboutir la psychanalyse."
C’est curieux parce que ce qu’il dit là est parfaitement en contradiction avec ce qu’il venait de dire auparavant de la critique qu’il faisait des analystes qui s’engageaient un peu en tant que personne. C’est ça et ce n’est pas ça. Pour le moins c’est flou comme position théorique ; il disait l’inverse deux pages avant quand il critiquait les positions de BOUVET.

Enfin, plus loin : "cette relation contre transférentielle ré-humanisée n’est possible que dans les cas où après un long travail, ni le patient ni le psychanalyste n’ont désormais besoin de la névrose de transfert, alors que le transfert est moins contraignant, le psychanalyste loin de n’être plus personne devient une personne."
Je trouve cette phrase extraordinaire : est ce que ces analystes qui sont dans cette thématique où le patient introjecterait à la fin l’égo de l'analyste tellement il est beau, idéal et magnifique ne sont pas dans l’illusion qu’ils peuvent enfin eux-même exister comme une personne totale, harmonieuse. Et alors, est ce que ce n’est pas dans ce désir d’analyste d'exister comme analyste idéal dans l’illusion transférentielle que se "résout" la névrose de l'analyste, auquel cas il n’y aurait évidemment pas de fin d’analyse. 
Il me semble que cette phrase témoigne que le psychanalyste, dans cette modalité, loin de n’être plus personne ou simplement quelqu'un, devient une personne idéale, ce n’est pas qu’il EST une personne ou qu’il réapparait comme une personne c’est qu’il DEVIENT une personne inventée. Si on prend ça au pied de la lettre, on aperçoit finalement un problème de fin d’analyse pour LEBOVICI lui-même. En écho, dans cette théorie freudienne du narcissisme qui propose des introjections d’imagos, se profile une résonance entre les névroses des analystes et leur théorisation..  Cela existe toujours comme point limite de telle ou telle théorie, y compris dans le présent travail, bien entendu. Dans le cas présent, cela abouti à l'invention du rêve d'une "harmonie" qui se transmet de façon pathogène d’autant qu’elle est complètement illusoire. Elle se transmet comme une illusion d’analyste à patient.
Dans de telles conditions quand cette modalité est en place, on  comprend que ces analystes parlent en terme de sevrage, "analogie bien dangereuse mais riche de sens, puisqu’il constitue un modèle dans le développement de l’enfant lorsqu’il s’agit de comprendre les conséquences de la rupture des liens avec la mère ou de besoins de réparation auquel il conduit dans l’organisation de la phase dépressive qui inaugure la structuration de la névrose infantile".
Voilà donc un modèle dans lequel la fin d'analyse aboutit à une introjection de bon sein, puis un sevrage qui amène à une phase dépressive... On ne va pas au-delà ! Le raisonnement s'arrête. C’est-à-dire que la fin de la psychanalyse traverse le modèle du sevrage pour aboutir à une dépression.

Voila donc une théorie du narcissisme qui se borne à travailler sur des Moi imaginaires, introjectés et projetés, avec un certain danger pour penser l’analyse et sa fin.
"Souvent le patient évoque une fin possible de la cure par fatigue et lassitude ou par peur d’une trop grande dépendance. Le psychanalyste a pu, comme on l’a vu, se faire une idée très précoce sur les difficultés de la période de séparation. On est donc conduit à une très grande prudence pour décider d’une fin prochaine et d’une terminaison réelle."
Il ne se débrouille pas avec la séparation donc il fait attention, il essaye de se rappeler en début d’analyse ce qui c’est passé, il sait que ce sera difficile, que ça va se répéter. C'est presque traumatique cette histoire. On entend que quand il envisage l’idée de séparation avec un de ses patients, une fin d’analyse, ça l’angoisse réellement! Et il retombe sur ses théorisations de sevrage, s’en arrête à la dépression ou à la mélancolie, comme s'il était bloqué là-dessus au risque d’y revenir à chaque fois qu’il y a une vraie séparation (c'est à dire une différentiation, nous y reviendrons..) qui se met en place.
Alors l’expérience et l’intuition, concepts éminemment flous, interviennent grandement. Du côté des patients ce n’est plus seulement la lassitude mais l'insécurité et le sentiment d’inutilité de poursuivre qui interviennent puissamment dans ces conditions. Face à cela, "on comprend l’intérêt de modifications minimes du cadre pour juger de la capacité des patients à l’autonomie. De toute façon il faut y aller doucement. De toute façon ces variantes techniques sont peu importantes par rapport aux considérations générales qui ont été présentées plus haut. Le cadre doit être maintenu jusqu’à la dernière séance qui ne sera programmée qu’après que les effets de la terminaison de la psychanalyse est fait l’objet d’un travail suffisant."
N’oubliez pas que toutes ces élaborations sont faites par quelqu’un qui dit : une fin d’analyse telle que je la conçois, c’est exceptionnel.
Lebovici suppose alors qu'à partir du moment où on a du mal à finir sa psychanalyse c'est que c'était une mauvaise indication. Peut être qu’en sélectionnant mieux les humains qui viennent le voir il parviendra mieux à finir. Il parle alors des névroses de caractère, des psychopathies ou des perversions sociales, vous avez ces gens qui vont faire appel à l’analyse pour être dans une maitrise sociale, des autres. Ils vont demander à l’analyste des outils, des moyens pour gérer cela.  On serait sur des problèmes biologiques, pulsionnels, de constitution de personnalité.
Ça pose une question cette affaire là ; c'est-à-dire la question de l’indication des psychanalyses. Je vais vous dire d’où m’est venue cette question, c’est très curieux !
C'est après le départ d’un psychanalyste de cette école dont nous parlons de la ville où je travaille, En fait il a fini par partir parce qu’il a eu du mal à soutenir sa pratique. Ça lui posait pas mal de problèmes cliniques apparemment insurmontables. Et j’ai eu à une époque deux patients délirants qui se sont précipités sur mon divan pour continuer leur psychanalyse. Ils ont sauté sur mon divan sans me demander mon avis!  Pas méchants, mais déterminés! L'un plutôt sur le versant paranoïaque,  et l'autre plutôt schizophrène, en caricaturant et pour autant que valent ces diagnostics. Et c’est parti pour une analyse!  J'ai essayé, je me suis débattu : bon écoutez on va en discuter un peu, peine perdue! Ce n’est pas qu’ils m’ont fait peur, ce n’est pas ça, c'est plutôt que l'idée m'est venue qu'ils savaient ce qu’ils faisaient peut être.. Les théories sont toujours inventées par les patients, et non l'inverse!
Et en fait dans les deux cas ça a donné quelque chose d'intéressant!
Il y en a une qui est très bien insérée socialement et professionnellement, l’autre qui tient dans le social alors qu’il aurait dû être hospitalisé depuis longtemps, puis surtout, ils pensent, ils élaborent, dans le transfert ça avance, il y a des choses qui se passent du côté d'avancées symboliques, sans trop de passages à l'acte. C’est long bien sûr, c’est à petit pas, mais ça fonctionne.
C'est ce qui m’a fait poser la question de la contre indication à la psychanalyse ; ce que dit LEBOVICI, c'est que si ça ne marche pas, ça ne peut pas être la faute de la théorie : c’est celle des patients, ou des autres analystes, qui font trop varier le cadre, qui acceptent n’importe quoi etc...
On peut tenter l'inverse, et laisser nos théories se faire bousculer par les patients!
Donc ça pose la question de savoir s’il y a des contres indications à la psychanalyse ? Tout simplement.
Si on répond OUI : on suppose des humains sans inconscient ou sans accès à l’inconscient. On va éliminer le deuxième plan puisque l’inconscient se défini essentiellement comme une voie d’accès. On suppose qu’il y a une porte par là, c’est tout. S’il y a de l’inconscient, existe une voie d’accès. Est-il possible qu’il n’y ait pas d’inconscient. Pour ça il faudrait qu’il n’y ait pas de parole. Peut être le vrai autisme de Kanner dans son tableau complet n’a-t-il pas d’inconscient, encore que cela est douteux, puisque l’autiste fait une notable différence entre les êtres de parole et les animaux par exemple. Donc, il se doute bien qu’il se passe quelque chose là, qu’il évite. C'est donc une voie d'accès.
Aussi Lebovici ignorait-il, en fait que des problématiques progressives d’aménagement des cures se mettaient en place en fonction des découvertes de la psychanalyse, en particulier institutionnelle. Depuis l’époque où LEBOVICI a écrit ce papier, et même un petit peu avant, je pense en particulier à Racamier, les indications de psychanalyse ou de présences de psychanalyse se sont largement étendues pratiquement à toutes les cliniques. 

Il n’est pas certain que donc la question de la terminaison de la psychanalyse soit en rapport avec les indications. Surtout à notre époque. Et il est possible qu’il n’y ait pas de contre indication à la psychanalyse, à partir du moment où on pose que le psychanalyste est quelqu'un dont la position fondamentale est de témoigner qu’il persiste de l’inconscient. Selon des modalités évidemment très variables. 

Question ( Catherine Jobert)
Evidemment je trouve inconcevable de poser qu’il n’y ait pas d’inconscient, mais plutôt que de parler de contre indication à l’analyse, est-ce qu’il n’y a pas des moments où il y a des temps dans la vie où ce n’est pas le moment justement, ou on peut se dire pour X raisons, sociales etc. ...ce n’est pas le moment.

Réponse :
Je pense que quand quelqu’un vient adresser quoi que ce soit à un psychanalyste sur son lieu de travail et en uniforme de psychanalyste, c’est qu’il adresse une problématique inconsciente, quelque soit le masque sous lequel il entre. Mais bien entendu il est parfois difficile pour le psychanalyste de maintenir sa position face à une demande. C’est qu’on ne sait pas toujours comment soutenir cette demande. Mais le problème est du côté du psychanalyste, pas du patient.
Mais répondre à quelqu’un, comme j'entends parfois certains analystes le faire : vous n’êtes pas une indication de psychanalyse, c’est d’une monstruosité tout à fait extraordinaire.  Qu'il y ait deux, trois ans de face à face avant qu’il y ait une analyse qui se fasse en trois mois sur le divan, pourquoi pas, ça m’est arrivé souvent, mais ce n'est pas un refus ou un rejet.
Question ( Daniele Césaréo)
Ou qu’il n’y ait pas d’analyse.

Réponse
Ou qu’il n’y ait pas d’analyse stricto sensu mais en face à face il y a de l’inconscient, puisqu'il y a de l’analyste.

Question (Daniele Césaréo)
Mais c’est quand même une autre problématique

Réponse
C’est une autre problématique mais l’analyste est tout de même une personne qui s’interroge sur l’inconscient. Je ne vais pas trop parler de clinique précise, pour des raisons éthiques, mais il arrive qu’en Balint on aide un médecin, un généraliste à prendre conscience qu’un patient qui l'ennuie, qui fait tout et n’importe quoi, le dérange, continue à venir parce que ce patient, très clairement, est intéressé par le mode de fonctionnement psychique du médecin, qui commence à aborder l'inconscient. Il se suppose un au-delà de la parole, une question sur un comportement au lieu d'une réponse, se constate cet au-delà chez leur interlocuteur. Ils sont intéressé par l’existence de cela, non sans résistances ni sans le mettre à mal, comme d'habitude... Mais le médecin qui se rend compte qu’en fait le patient revient parce qu’il est intéressé par ce fonctionnement psychique du soignant, ça l'aide dans le travail transférentiel, évidemment ça pacifie un peu les choses..

Question ( Nicole Pinel)
Actuellement quand même on est en train de poser la question que pour parler de la fin, on en vient à parler du début!

Réponse 
Oui, mais c’est ça le propos de LEBOVICI : il n'y a pas de fin dans sa pratique, il ne repère pas de fin d’analyse, il cherche, il ne trouve pas les bons trucs mais il cherche. Du coup Il se dit peut être qu’on se trompe sur les indications, sur le début. Et qu’il y a des gens qui ne sont pas dans le fonctionnement de l’inconscient. Ça abouti quand même à l’idée que les seuls qui font une psychanalyse ce sont ceux qui sont comme lui. C'est-à-dire les psychanalystes didactiques, avec des gens sains d’esprit qui travaillent à l’institut de psychanalyse et qui savent où est la raison du monde et la paix avec les autres.. Commencer le travail d'analyste avec l'idée qu'un noyau narcissique sain peut régler les problèmes de l'inconscient amène à cette impasse de la cure et de sa fin.

..............

Question ( Josette Beneteau)
C’est intéressant cette question de l’indication parce que moi dans ma pratique, ça m’est arrivé que quelqu’un saute sur le divan mais je pensais que ce n’était pas le moment, que socialement il n'avait pas d’insertion, c’est compliqué pour lui. Je pense quand même qu’il y a des états, des moments ou des situations qui font que ce n’est pas une indication, ce n’est pas le moment parce que ce patient à plus besoin d’une aide psychosociale que d’une analyse.

Réponse 
La seule chose que je peux te dire par rapport à ça, c’est dans mon expérience, je ne dis pas que tu as tort dans ta pratique. Mais dans ma pratique, quand quelqu’un vient me voir en tant que psychanalyste quelque soit la question, c’est qu’il a envie de travailler un plan incompris. Et dès lors y a des résistances qui sont des résistances normales de départ.  Pour prendre un exemple, certains viennent me voir pour avoir une pension d’invalidité, pour authentifier une dépression et en avoir le certificat! Ils viennent me voir pour ça. Tout le monde sait à Rodez que je n’ai jamais fait ça de ma vie. Je n’ai jamais mis personne sous invalidité pour dépression. Donc ils viennent me voir en disant je sais que vous le faite pas, mais j’aimerai que vous le fassiez avec moi. Ils viennent voir quelqu’un dont ils savent qu’il ne le fait pas pour forcer à le faire sachant qu’il ne va pas le faire.

Question ( JB)
Mais là effectivement ils savent qui ils viennent voir

Réponse 
Il ne faut pas avancer déguisé. Ce dont je parlais c’est une dimension importante : quand on se présente avec l’uniforme de psychanalyste, ce qui vient à toi est de l’analyse tout le temps. Après on n’est pas toujours, moi le premier, à la hauteur de répondre à la question parce qu’elle est souvent difficile, cachée, on fait des tas de bêtise comme tout le monde. Dans le principe quand on suppose ça, ça veut dire qu’on va chercher une alliance, avec la problématique inconsciente du patient : il vient voir un analyste ! On n’est pas planqué si tu vois ce que je veux dire. Quand on est psychologue pour enfant, quand on est psychiatre on n’est pas analyste tout le temps. Et honnêtement il y a des gens avec qui je ne fais pas du tout de psychanalyse, avec qui je fais de la médecine avec qui je parle avec un stéthoscope, un machin technique, j’adore ça,  mais ce n’est pas de la psychanalyse, c’est de la médecine. 
Mais il y a des gens qui viennent me voir en tant que psychanalyste, il y en a beaucoup. Pour ceux-là, quelle que soit la clinique, quelque soit la question posée, la question de l’inconscient ne recouvre pas la clinique. On ne peut pas réduire la question de l’inconscient à une clinique quelle qu’elle soit, elle est fondatrice de l’humain. Beaucoup d’analystes le disent, le symptôme de la structure est totalement secondaire en face de la qualité du questionnement et de la rencontre. Tu peux avoir des gens qui se présentent comme de grands paranoïaques, s'ils viennent voir un psychanalyste et qu'ils s'entendent bien avec lui et bien ça va bouger, alors que dans les livres on dit que ça bouge pas. On a tous ce type d’expérience et il faut faire attention parce que nos présupposés, on risque de les faire fonctionner comme LEBOVICI et on va de blesser les gens et rater nos prises en charge.

Question ( Catherine Jobert)
Je crois bien que ce que tu soulignes, enfin il me semble d’une certaine manière que ce que tu soulignes, c’est qu’on ne doit pas superposer l’hypothèse de l’inconscient et une praxis qu’elle soit d’analyse ou de psychothérapie ou de face à face ça se superpose pas automatiquement, je crois que c’est ça qu’il est important de souligner.

Réponse 
Ça peut se dire comme ça, tout à fait.

Question ( Nicole Pinel)
C’est un peu ce qui me semblait, que j’avais relevé, c’est que quand vous avez parlé de FERENCZI, lui il ne doute pas d’être analyste.

Réponse 
Tout à fait, jamais et GRODDECK non plus, allez voir de son côté, il a une ambition de l’inconscient absolument phénoménale, c'est un très grand clinicien qui travaille comme ça, avec manifestement cette idée que tout est projection, vient d'une autre scène... C’est un psychanalyste de l’époque de Freud, il faisait donc n’importe quoi, c’est un peu normal. Sauf que, il était vraiment dans le présupposé de l’inconscient avant même la clinique médicale ou la clinique psychiatrique. Ce qui l’amène à une inventivité  incroyable.

On conclura ce travail par le constat que l'exploration de l'inconscient n'est pas superposable avec la construction freudienne du narcissisme, point central de ce séminaire, à continuer de travailler dans la suite.
Michel Levy, Toulouse, novembre 2014


 




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