Argument

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Quel intérêt y a-t-il à parler du silence de l’analysant ?

Provocation ? on parle toujours du silence bien connu de l’analyste, et jamais de celui de l’analysant…

Le seul mode d’appréhension du silence dans les écrits psychanalytiques semble être de le mettre du coté de la résistance.

Mais ce mode de silence est interruption de la parole. A mon avis il existe beaucoup d’autres silences de la part de l’analysant qui méritent qu’on les prenne en compte, pas seulement pour les faire cesser.

Cette intervention serait-elle alors du coté d’un vocation de St Bernard : on semble ignorer ceux qui se taisent alors qu’il faut parler, ce serait leur donner la parole ?

Ou bien y a-t-il quelque chose à réfléchir du coté du désir de l’analyste au cours des cures silencieuses ?

 

A quoi le silence appartient-il dans une cure ?

 

Le silence de l’analysant à écouter, temps de silence, ponctuation comme dans une symphonie

Silence vide souffrant, vide de la pensée.

Silence du ressenti et cri du corps hors jouissance

Quelques formes de silences que j’ai eu plaisir à interroger.

 

Marie-Françoise Zarrouati, psychanalyste,

 

    224 av Lardenne 31100 TOULOUSE

 

 

 

 

Le silence cet inconnu

 

Merci à Michel Lévy de son amitié, et de son invite à participer à ce séminaire à plusieurs voix, Merci à Marc Thiberge d’avoir lancé cette idée il y a… des années, de soutenir avec une grande endurance, l’invitation à élaborer la théorie de notre pratique.

 

C’est une balle que je prends au vol, sans plus me poser la question du temps venu ou pas encore de « dire ». C’est un essai, non satisfaisant par définition. C’est un projet qui m’a permis d’écrire sur un sujet qui me hante depuis longtemps. Je ne pense pas avoir élaboré une théorie, peut-être seulement soulevé des questions, émis quelques idées. Il me plait bien de trouver dans l’idée de séminaire la proposition non d’enseigner, mais de cheminer ensemble, ce qui ne veut pas dire en groupe.

 

Au moment de prendre la parole, j’ai envie de vous faire part de ce que j’expérimente de plus en plus, c’est le non sens de la parole. Que ce soit une question posée, toute simple, à un analysant qui rapporte ce que l’on dit de lui, question du style « et vous, qu’en pensez-vous », qui au lieu de provoquer la prise de position suscitée, attendue, provoque une peur :  « que dois-je répondre », un tâtonnement, et une intellectualisation…ou qu’il s’agisse de n’importe quelle parole proféré. Comme si effectivement la parole était intransitive et livrée à la férocité ou aux préjugés favorables des écoutants, ce qui n’est pas forcément préférable, même si c’est plus confortable.

Le mot échappe à ce que je veux signifier, à ce que je veux produire, et s’arrête à mon propre vouloir énoncer.

Wittgenstein disait «  ce que je veux enseigner, c’est comment passer d’un non-sens non manifeste à un non-sens manifeste. »1

Merci à vous tous de faire corps et de permettre cette parole.

« Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas »

Lao Tseu2

 

 

Le Silence, cet inconnu

 

Nous avons entendu, il y a quelques semaines, la brillante intervention de Nathalie Peyrouzet sur le silence de l’analyste, ou les silences de l’analyste ; à cette occasion ont été évoqués ces patients qui nous demandent si nous parlons , « le précédent psy ne parlait pas » et ils ont arrêté le travail.

 

Ma question par rapport à ces personnes a toujours été « qu’est-ce qui fait que pour certains, le silence de l’analyste a empêché la parole au lieu de la susciter ? » . Il est reconnu que certains sont « aptes » à l’analyse traditionnelle, aptes à découvrir un champ d’investigations jusque là inaccessible, impensable lorsqu’ils sont confrontés au silence de l’analyste et d’autres ne peuvent y accéder.

 

Que peut faire l’analyste non pour aider ces personnes, mais pour aider le passage à l’analyse, au moins susciter la parole ?

 

N’y a-t-il pas un moment où le divan semble correspondre au point où en est la personne pour lâcher le regard, oser se taire, oser « parler » les abîmes…sans pour autant être prête à affronter le silence de l’analyste, cette solitude accompagnée qu’est l’analyse, ce tissage d’une consistance au travers d’ une solitude qui n’est pas abandon ?

Comme les temps logiques du psychisme sont tissés ensemble, en va et vient des uns aux autres, les temps pour une parole non interprétative de l’analyste peut avoir cours à certains moments de la cure pour encourager la parole de l’analysant, quand le moment n’est pas à la solitude.

C’est certainement cette souplesse, cette attention à l’empêchement de la parole comme à la libération du dire, qui est acte.

Parole pas n’importe quand, silence pas n’importe quand.

Pour certains, le silence est efficient et l’élaboration prend place, le transfert , les projections, les colères élaborées font la trame de ce qui se construit, l’agressivité retrouvée se fait dynamisme de l’advenue du Sujet à mesure de la désintrication entre les désirs d’objets, désirs sexuels et le désir insatisfait.

 

Pour d’autres le silence de l’analyste chute dans un bavardage qui a libre cours dans cet espace sans limite autre que la durée de la séance. Même si la fin de la séance fait scansion, comment interpréter cet arrêt ? renvoie-t-il à l’analysant ou à l’analyste ? peut-on provoquer un éveil de cette façon là pour ceux qui n’élaborent pas, qui plutôt que penser inscrivent la souffrance, la frustration, l’interrogation dans leur corps ?

 

 

Les silences de l’analysant

 

 

 

Pourquoi ce silence interroge-t-il, alors que le silence de quelqu’un hors cure ne fait pas forcément question ?

 

Peut-être ce dernier est-il susceptible d’explications multiples, ne serait-ce que l’absorption de la personne dans la contemplation d’une scène, dans l’attention à ce qui se dit, se joue autour de lui ou en lui.

Le silence de l’analysant est tout autre : c’est le silence de quelqu’un qui est là pour parler.

On pourrait même dire, parler de façon « absolue », c’est à dire selon la règle de dire « ce qui vient ».

On peut se taire par manque d’informations sur le sujet abordé dans une conversation, ou parce que ce sujet n’intéresse pas.

Dans la cure, on est seul responsable du sujet abordé.

Rien n’est « pas intéressant » puisque c’est le fait de dire qui est déjà par lui-même important, le choix du dire.

Il ne s’agit pas de se « perdre » dans ce que dit l’autre qui justement est silencieux pour écouter.

 

Le silence devient alors empreint d’une sorte de pureté, qui côtoie l’angoisse de l’abîme.

 

Le silence peut être l’inhibition à dire du « pas assez intelligent » pour certains, ou bien du « pas adapté à ce qui est attendu dans une cure ». Sorte de pudeur, voile d’une nudité imaginée insatisfaisante pour l’Autre. « Le silence est le parti le plus sûr pour celui qui se défie de soi-même » dit La Rochefoucault dans ses Maximes. Mais ce qui se joue dans le social sans trop d’éclat devient dans la cure une effraction à la loi du dire…et d’une habitude à être oublié, l’auteur du silence dans ce cadre crie et dévoile les doutes plus que n’importe quelle parole. On peut ne pas parler de nombreuses façons…celle-là est la plus voyante.

 

Le silence peut être la peur de penser devant l’autre qui sidère la pensée, et ne reste que le vide. « Rien ne vient »

 

Le silence peut être le repos, l’abandon, la pause qui permettra une parole. Certaines paroles ne peuvent naître que du silence disait Claudel. Temps pour lâcher les pensées qui grouillent dans le quotidien, temps pour s’ouvrir sur le penser, sauf que ce n’est peut-être pas ainsi que ça fonctionne, et que le penser « effracte » souvent là où on ne l’attends pas, là où on accepte enfin de ne pas savoir. Parler sans savoir, « comme une taupe » disait quelqu’un, qui creuse sans savoir où elle va aboutir.

 

Le silence encore comme transgression dans ce lieu où on paye pour parler. Payer pour se taire. Liberté rencontrée, expérimentée, espace de liberté. Comme on paye parfois pour rester au lit. Ce qui n’a rien de négatif dans la cure, mais souvent une position du « je » qui amorce un déplacement dans la cure.

 

Silence de l’absence non prévenue, provoquer l’attente de l’analyste.

 

Silence pour une attente de la parole qui va naître : en soi ou chez l’analyste, sous forme d’invite, de pont, mot tendu où s’accrocher pour passer ce vide du début de séance souvent, ou plus tard dans la séance.

Solitude du silence.

Là se joue aussi, de façon essentielle l’acte analytique : comment soutenir la solitude de l’autre dans la cure ? Ce qui a à voir avec la capacité d’être seul dont parle Winnicott. Selon la singularité de chacun, son chemin au cours des séances et de la séance, ouvrir à une solitude soutenue différemment, parfois dans le silence total, avec la seule présence de celui qu’on ne voit pas, mais qui est perçu avec d’autant plus d’acuité.

 

 

 

Certains s’allongent et se taisent.

De quel silence se taisent-ils ? C’est la question qui m’habite.

Est-ce comme le blanc qui, « sonne comme un silence, un rien avant tout commencement » ? dit Kandinsky

 

Et dans ce cas, ce silence, s’il n’est pas interpellé par l’analyste, ne se transforme-t-il pas parfois en silence « perdu » ? comme s’il y avait un impondérable qui parfois au lieu d’ouvrir au commencement, le tue et le silence s’épaissit en angoisse. Comme s’il fallait une toile pour peindre, une page blanche pour écrire et inscrire son désir, sa créativité, mais aussi l’appui du chevalet ou le désir d’écoute repérable. Parfois, l’intérêt pour ce silence qui dure, intérêt pour ce qu’il est, pause d’où surgit une autre musique ou abîme qui, à mesure qu’il se prolonge devient de plus en plus infranchissable, trop à dire ou vide de la pensée, angoisse de penser, cet intérêt donne corps au silence qui devient point d’appui d’une parole.

Dans ces nuances de la clinique s’inscrit le désir de l’analyste.

 

Françoise Dolto3 signale une utilisation du silence chez des adolescents en cure, assez radicale. Silence qu’elle respecte, qu’elle écoute, qu’elle entend. «Une fausse idée est venue des premiers psychanalystes, y compris de Freud : on ne peut psychanalyser que ceux qui parlent. L’adolescence est au contraire une période merveilleuse pour vivre la répétition de sa naissance. Le jeune n’a pas les mots pour le dire ; mais on travaille très bien d’inconscient à inconscient, même si personne ne parle… Les jeunes viennent pour parler mais ils ne peuvent pas s’exprimer. Ils croient parler, bien qu’ils restent muets et s’en aillent très contents après les séances ; il faut que l’analyste supporte ce silence comme étant une bonne relation

« cette séance vous a-t-elle été agréable ? Ah oui ! vous sentez que vous avez dit tout ce que vous aviez à dire ? oui. » Pourtant ils n’ont rien dit. Ils sont plus mutiques que les enfants qui, eux, parlent d’autre chose, mais bavardent. »

 

 

Est-ce de cet ordre ce que vivent certains adultes qui n’ont pas plus de mots pour aborder leurs affects ?

Silence vide souffrant, vide de la pensée.

André se tait toute la séance. Après avoir décrit ses parents parfaits, organisés, tout chez eux est calculé au mieux, pas d’espace d’inventivité, tout écart avec ce qu’ils font est forcément moins bien. Il en est conscient.

Les séances précédentes étaient une intellectualisation de ce qu’il vivait, mais forcément il était amené à se répéter, ce qu’il ne supportait pas. Quitter l’intellectualisation pour une parole personnelle, singulière n’était pas possible. L’analyste étant situé en place de juge. Se taire plutôt que bavarder. Se taire et accepter cette impuissance actuelle, refuser le masque des théories utilisé jusque là. C’est plutôt courageux.

Silence à respecter, comme un temps précieux. Relation qui apprivoise la parole parce que le silence est possible. Parce qu’il peut exister et non être renvoyé à un vide, une inaptitude à parler. Alors à son propre rythme, une parole peut se risquer.

 

Le silence de l’analysant est parfois un temps de ponctuation comme dans une symphonie, dans une langue. Le silence donne relief à la parole, et souvent lorsqu’une parole se dit, le silence suit. La parole est acte.

 

Il peut même arriver que l’analysant n’honore pas la séance suivante, ou quelques séances, ponctuant dans le vivre ce que la parole a agi. Parfois encore pour éprouver cette découverte, parfois pour ne pas risquer de défraîchir la pureté de cet étonnement. Le retour est souvent marqué d’une parole décalée par rapport à la précédente. Autre dynamique, autres sujets abordés, autres affects…

 

 

Pourtant certains silences semblent parler la mort ou le sommeil du sujet.

Se pourrait-il que respecter ce silence l’alimente ? jusqu’où le silence ? au silence, « y a-t-il un commencement, et si oui, où s’arrête-t-il ? ». Je pense à un livre de Alessandro Baricco qui s’appelle « Soie ». Il s’agit, dit l’auteur, du silence de « ceux qui aiment assister à leur vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre » à propos de cette histoire il dit « toutes les histoires ont leur musique. Celle-ci a une musique blanche. C’est important de le dire, parce que la musique blanche est une drôle de musique, déconcertante quelquefois : elle se joue doucement, et elle se danse lentement. Quand elle est bien jouée, c’est comme si on entendait jouer le silence, et ceux qui la dansent comme des dieux, on les regarde et on a l’impression qu’ils ne bougent pas. C’est terriblement difficile la musique blanche »4

La question se pose, cette lenteur, cette musique blanche que certains jouent, comment l’entendre, la respecter comme la trame de leur vie, avec notre désir que le spectateur devienne acteur de sa vie et auteur de ses choix. Le silence serait symptôme.

Je me suis interrogée sur le silence mis en place de parler, dans un protocole de parole, alors m’est apparu que l’expérience que John Cage fait vivre aux musiciens et aux auditeurs de concert est du même ordre. Je me suis donc permis de faire un détour par l’expérience musicale.

Le protocole est là, le cadre. Comme pour la cure où on vient parler, au concert, on vient jouer, pour les musiciens, écouter de la musique pour les auditeurs. Dans « 4mn33 », John Cage fait écouter durant 4mn33, à la salle de concert comble et attentive, le silence. Cette partition se présente en 3 mouvements, 3 pages pour les interprètes, 3 pages où sont inscrits ces mots : 1er mouvement Tacet, 2ème mouvement Tacet, 3ème mouvement Tacet. Tacet signifie « il se tait » en latin. C’est un terme utilisé en musique pour indiquer à un instrumentiste qu’il doit s’abstenir de jouer pendant tout le mouvement.

Il ne s’agit pas d’une « pause », d’un temps pour souffler, d’un « soupir », d’une distraction , d’une diversion, il s’agit de jouer le silence, de tenir le silence pour les musiciens comme pour le chef d’orchestre. Silence attentif. Les violons sont prêts à jouer, les flûtes aussi, la baguette du chef d’orchestre est « rassemblée », prête à battre la mesure. Silence actif.

Silence non livré à une rêverie, la rêverie peuple le silence de mots et elle a une fin, la fin de ses mots. Ici, c’est un silence en acte, habité de silence, concentré sur le silence, que seule peut ponctuer une durée convenue, extérieure à lui.

Il ne s’agit pas d’un prélude, mais d’un acte qui se suffit ; à la fin de ces 3 mouvements silencieux, le chef d’orchestre salue et sort. Il ne commence pas à jouer, il sort. Ce qui lève toute ambiguïté sur la fonction de ce silence.

Les auditeurs sont silencieux. Le silence acte. Le silence n’est pas entre les notes, il est à part entière. Ce qui rejoint, me semble-t-il l’intuition de Miles Davis « la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence ».

 

Cette œuvre a été jouée en premier par un pianiste en concert qui vient à son piano, s’assoit, se prépare à jouer, lève sa main droite, prête à attaquer la première note, et suspend le mouvement. C’était en août 1952 à New York.

Tenir consistant le silence.

 

Souvent dans un concert « traditionnel », les moments de pause, entre les mouvements par exemple, sont des moments où la salle tousse, racle la gorge, change de position.

Comme si le bruit remplissait cet espace vide. C’est aussi étonnamment dans les moments de mutisme que le ventre de l’analysant ou de l’analyste se fait entendre…et c’est gênant…trop fort, incongru.

Dans cette œuvre, les moments de pause se situent entre les mouvements, moment où les musiciens changent de page, ainsi que le chef d’orchestre. Silence bruyant qui ponctue le silence écouté. Le silence devient musique, et non rompu par la musique…Le silence sur le divan peut-il être entendu comme une parole et non, rompu par la parole ?

John Cage propose de fait vivre une autre conception de la musique, mais aussi de la parole, pour « faire entendre autrement ». Pour mémoire, il a prononcé un « discours sur rien ».

 

Qu’est ce qui fait césure, comment finir pour le pianiste ? pour l’analyste ? le chronomètre est ce qu’a trouvé Cage, l’heure ou la sonnette de la séance suivante pour l’analyste ?

La durée de la séance, la ponctuation sont des actes qui me questionnent toujours.

Que la scansion se fasse sur un signifiant pour certains, que ce soit interrompre un thésaurus pour d’autres, ou se fier à la pendule, finalement, nous savons bien que nous ne savons pas ce que nous faisons, que nos actes, scansion ou autre, nous échappent dans la signification qu’ils prendront pour l’autre, ici l’analysant.

Une fois encore, le cas extrême du silence dénonce ce qui se vit aussi, mais de façon masquée dans les séances où la personne parle.

Selon quel critère décidons-nous que la personne a suffisamment parlé pour aujourd’hui, ou s’est suffisamment tue pour aujourd’hui ? mises à part les convenances personnelles de l’analyste : ennui, silence insupportable ou dénué de sens ou à casser etc. selon quel critère déterminons-nous la durée de la séance si c’est une durée fixe, ou décidée avant la séance, comme dans le cas de ce concert où la durée est annoncée. Pour John Cage est-ce de l’aléatoire ? Il se trouve que sur nos claviers ordinateurs, 4’33’’ l’apostrophe signifiant les minutes est la même touche que le 4, il suffit de mettre la majuscule, et la touche deux apostrophes qui signifie seconde est la touche 3…manière de mettre du hors sens ? il disait aussi tirer le Yi King pour déterminer la durée. Dans une conférence, nommée Silence5, il dit « y a-t-il un commencement, et si oui, où s’arrête-t-il ? »

 

Lorsque Cage fait écouter le silence, ce n’est pas pour réfuter tout langage, mais parce que le langage peut faire écran, à la parole ; ce que je pointais du silence courageux d’André.

Il s’agit là d’un second volet de ce que nous apprend John Cage.

 

Sur l’affiche annonçant le concert 4mn33 est écrit « ceci n’est pas du silence ». l’écoute du silence n’est pas écoute de rien si nous quittons les idées reçues, qui ne réservent le nom de musique qu’à des compositions instrumentales, malmenant les autres sons du côté du bruit, du parasite. Si notre écoute s’ouvre à « ce qui vient », l’inattendu peut féconder le moment présent unique.

Un des moments importants pour John Cage a été l’expérience du silence pur qu’il voulait faire en 1940, après avoir étudié la philosophie zen. Dans une auditorium parfaitement insonorisé, il se tait. Il éprouve alors l’inexistence du silence: il entend des sons internes, le battement grave de son cœur et les aigus de son système nerveux.

Cette écoute nous intéresse, non seulement parce qu’y prend place ce qui est habituellement nommé parasite, n’est-ce pas quelque chose de cette intuition que Freud énonce en demandant, durant la cure de dire ce qui vient en ne refusant aucune idée incidente ou parasite à la logique du discours sensé. Mais aussi parce que ces sons venu de l’aléatoire du contexte, et des perceptions internes sont le matériau de la créativité personnelle de chacun.

Du côté de l’écoute, ce serait non plus des significations, l’intentionnalité du discours ou de la musique, mais les répétitions, les mots qui reviennent, ceux qui échappent, dans l’aléatoire de l’inconscient, la surprise de l’insu.

Cette non-expérience du silence, produit, dit John Cage, une inversion des rôles. L’auditeur devient musicien, par le son qu’il produit en se levant pour quitter la salle, en protestation…

Est-ce que là encore, l’extrême qu’est le silence ne dévoile pas ce qui se passe lors d’interprétations, ou peut-être même d’interventions. Si l’analysant se tait, la parole de l’analyste, si elle est tentée, lui appartient. Elle ne parle pas moins de lui lorsqu’elle se situe en réaction à celle de l’analysant, comme je le disais en commençant, mais c’est moins visible.

Dans le domaine de la peinture, cette action du silence se retrouve dans la peinture de Rauschenberg, ami de Cage qui peignait des toiles blanches lesquelles changeaient de coloris à mesure du changement de luminosité du jour, et selon les ombres que projetaient les spectateurs. Le rien dévoile une projection toujours à l’œuvre, mais masquée par la signification. Le silence est révélateur de l’analysant et de l’analyste.

 

 

Un corps pour parler ? Un corps pour ne pas parler ?

 

 

C’est bien de liberté dont il s’agit en analyse. Cet « espace bleu entre les nuages » pour citer la BD de Cosey. Cet espace de liberté que nous avons de penser, d’imaginer, de créer. Liberté qui est loin d’être la même pour tous, mais qui peut se gagner, comme on gagnerait un combat contre les ombres, où c’est peut-être d’être désarmé qui compte. L’analyse pourrait bien être un lieu de délivrance comme l’exprimait quelqu’un dans son rêve où il pesait ce dont il se délivrait, comme on pèse un nouveau-né.

 

Parfois, il s’agit d’un silence qui ne se fait pas entendre comme silence, mais comme un corps qui crie.

 

Où se trouve notre désir d’analyste face à cette personne qui débute sa séance par « j’ai toujours mal à la tête dans votre salle d’attente ».

Pour certains, avoir mal au corps donne à parler.

Si j’ai mal, c’est que j’ai quelque chose.

C’est que j’ai quelque chose à dire. Pour les uns, c’est le début d’un fils qui se déroule. Par mon corps je vais pouvoir attraper quelque chose de ma souffrance, et parler.

 

Il y a ceux qui avancent le mal du corps pour commencer, pour prendre place dans ce lieu étrange de vacuité attentive à celui en eux qui n’est pas entendu, pas écouté, et que eux-mêmes, seuls, ne peuvent pas écouter. Ils avancent le corps comme d’autres ne peuvent commencer sans «  ça va bien » et enfiler ensuite les deuils, les catastrophes qui leur arrivent. Ou encore :« je ne sais pas quoi dire… » introduction à tout ce qu’on veut dire, mais qui peut-être n’est pas ce que l’Autre attend. Au final, il est prévenu, il ne pourra pas se plaindre d’avoir été trompé sur la qualité de la prestation.

 

Il y a ceux qui avancent le corps souffrant comme un cri.

Mais un cri non adressé, un cri qui n’appelle pas, un cri sans voix.

 

La différence avec le trouble névrotique, c’est que le symptôme n’est pas jouissance. Il n’est pas un compromis et donc quelque chose qui conduit, plus qu’il ne parle, au désir refoulé.

 

Le symptôme présenté, le corps en souffrance, ne parle pas d’une jouissance. Il montre une souffrance qui ne peut être dite. Qui ne peut souvent pas être pensée.

 

Une personne venait pour une maladie physique. Le médecin lui avait suggéré de consulter. elle était là avec le désir d’en finir avec ce problème qui s’aggravait depuis quelques années. elle était là, appliquée à bien se souvenir, à bien décrire ce qu’elle pensait d’une cause possible. Elle évoquait une souffrance psychique violente qui avait duré un jour. La seule de sa vie. Le jour où la souffrance fit effraction, elle ne put être pensée, élaborée, tissée avec des affects, des souvenirs, une histoire. Elle dut être transformée en souffrance physique plus connue, plus facile à supporter. Et dès que les entailles firent suffisamment mal, cette personne arrêta de se blesser. Elle soigna ses blessures, elle ne souffrait plus psychiquement, elle s’était dépossédé de sa souffrance. C’était terminé pour toujours. Les amis ont vu le pansement. Ils ont demandé de quoi il s’agissait, elle de répondre qu’elle s’était accrochée à des rosiers. Ils ont compris et n’ont rien dit.

 

Lorsque la parole sur les affects est trop dangereuse, étrange, inconnue, il reste le « donner à voir ». Il est coupable de dire son amour, sa tristesse, ses désirs, « ça ne se fait pas », par contre, le donner à voir garde une ambiguïté. On n’est pas responsable du fait que ce soit perçu ou non, entendu ou non des autres. Je suis toujours étonnée que les scarifications qui, pour certains sont un appel à exister aux yeux des autres, ne sont jamais données comme telles aux destinataires, mais excusées comme griffures d’animaux ou de plantes. Comme si ces personnes ne pouvaient en aucun cas appeler, peur de la déception de n’être pas consolé, de n’être pas pris en compte? tout juste masquer en pensant que le masque ne trompera pas les destinataires.

 

Que surtout rien ne soit dit, ce serait insupportable, dangereux…à quoi ça mènerait ? grande fragilité à l’autre, perçue dans la pénombre par ces personnes. Si on parle, que va-t-il se passer ?

Parler fait exister ce qui est dit. Si je pense la haine, ce sera ! si je dis mes limites, elles seront dans le regard, la parole de l’autre. Ces conceptions familiales, culturelles développent le déni, produisent le meurtre de la pensée avant même sa conception.

 

Y a-t-il seulement quelque chose à dire ?

 

« avec mes parents, me disait quelqu’un, on ne parle pas, tout est bien évident. » et elle remarquait l’emprise que constituait cette évidence inentamable, d’autant plus prégnante qu’elle est toujours non dite .

 

Marquer le corps pour effacer la trace…nous sommes à l’inverse de ce que disent les adeptes du piercing et du tatouage où il s’agit de marquer le corps pour faire exister le psychique « Si ça ne s’inscrit pas dans mon corps, ça n’existe pas. Désir de garder des cicatrices, des traces, sinon c’est comme si rien ne s’était passé. »

A l’inverse de cette position, le corps porte une souffrance non pas qui fait mémoire de ce qui pourrait être oublié, mais qui occulte la souffrance psychique infiniment plus douloureuse, qui essaye de l’annuler dans le ressenti . Souffrance impensable qui a d’abord eu besoin d’emprunter des mots de « films tristes » pour s’entendre , et mourir par le corps meurtri. La plaie matérialise la détresse sans fin car hors du temps, elle la fixe.

« les blessures corporelles sont une forme particulière de lutte contre le mal de vivre. Des hommes et des femmes, parfaitement insérés au sein du lien social y recourent comme forme de régulation de leurs tensions…pourquoi, en situation de grande souffrance, le corps devient une sorte d’ultime recours pour ne pas disparaître ? »6

 

« Je viens vous dire des faits et on n’en parlera plus… » Angoisse de ce qui pourrait être autre que description, inconnu de la parole, vide, abîme.

Vide et absence d’affect dans le temps de la séance. Dire avec application le film de la vie, tel qu’il est perçu, sans aspérité, sans relief surtout sans se plaindre, ce que Sami Ali appelle « le banal », des faits qui n’ont pas marqué, comme balayés par une vague qui aplanit les trous, les tunnels et les châteaux de sables enfantins .

 

Décrire de l’extérieur ce qui s’est passé, le film des évènements, comme en voix off. Parler de soi comme on parlerait d’un étranger, de quelqu’un qui reçoit de l’extérieur ses pleurs sur lui, comme Camus décrit l’enterrement de la mère de Meursault. Comme un film muet. Des sensations de chaud de malaise, dépourvu d’affect. Le corps s’impose.7 « l’avocat m’a demandé si j ‘avais eu de la peine ; cette question m’a beaucoup étonné et il me semblait que j’aurais été très gêné si j’avais eu à la poser. J’ai répondu que j’avais un peu perdu l’habitude de m’interroger et qu’il m’était difficile de le renseigner… je lui ai expliqué que j’avais une nature telle que mes besoins physiques dérangeaient souvent mes sentiments. Le jour où j’avais enterré maman, j’étais très fatigué et j’avais sommeil ; de sorte que je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait. »

Les questions sur les affects étonnent au début, assouplissent le ressenti ensuite, comme si une oreille attentive, un lieu si particulier pouvait redonner vibration à ce qui était maintenu coi avant même que d’être mis en mots.

 

Silence de la pensée, du ressenti et cri du corps hors jouissance

 

Eliane Corin dermatologue, émet l’hypothèse que le symptôme cutané serait « comme une écriture qui ne cherche ni à dire ni à cacher quelque chose, mais dit (signifie dirait Héraclite) l’absence et le trou comme s’il n’avait pas encore les moyens d’une parole »8 elle évoque à ce sujet l’article de Winnicott sur la crainte de l’effondrement 9 . Cette chose a pu avoir lieu dans le passé, dans ces cas là, comme pour l’expérience du vide, cette expérience remonte à avant la possibilité de l’intégrer. D’une certaine façon, le sujet « n’était pas là pour que ça ait lieu en lui ». Winnicott affirme que la remémoration n’est pas possible, et que de ce fait revivre ce vide dans le transfert est nécessaire comme l’est la remémoration dans la névrose.

 

Ce vide fait écho pour moi au non sens. A ce moment de l’analyse où on se trouve face à un vide de sens, vide parfois déjà vécu comme moment de mort psychique et qui en fin d’analyse permet de larguer toute amarre pour s’élancer dans quelque chose de singulier, appuyé par choix sur le passé, la culture, l’histoire, mais non ficelé à eux.

Peut-être que la différence entre l’hystérie de conversion et ce que vivent ces personnes qui ne se permettent pas de ressentir la souffrance, c’est pour partie une sorte d’envahissement de ce vide qui tue l’affect avant qu’il ne naisse, la pensée avant qu’elle émerge. La parole, de ce fait se limite au banal, à la description de situations, à ce qui ne risque pas de faire mal.

 

 

Pour ces personnes, le corps parle et ça suffit. « J’ai mal au ventre » est mis en place du désir sexuel qui lui, ne peut se dire.

J’ai mal au ventre. Dois-je de mon fauteuil interroger celle qui n’a pas les mots, qui est inhibée par une culture de gens qui ne parlent pas ? De gens qui se défient des mots. « Chez nous, dit-il fièrement, on ne parle pas, on agit » et sa fille de n’avoir plus le droit à la parole pour être de cette famille qui agit le service à l’autre, l’attention, sans parler, dans l’ombre, et se différencie de ceux qui parlent et ne font pas. Pas de milieu.

Ne peut-on pas évoquer pour terreau de cette croyance la parole de l’évangile des fils appelés à travailler à la vigne du père ? L’un dit oui et n’y va pas, l’autre dit non et y va. Qui entrera dans le royaume de Dieu ? ils seront jugés par les actes et non par les paroles.

Combien sommes nous modelés et aliénés par notre culture !

Mais la reconnaître comme il en est d’ailleurs des mythes familiaux, ou propres à chacun, permet de s’en séparer, de se situer par rapport à elle, de ne plus être agi, mais d’être dans un rapport d’altérité.

 

Il présente des troubles de mémoire lorsque le cerveau de son ami s’effiloche en une maladie d’Alzheimer. Est-ce que le corps qui crie est sa parole, plus qu’il ne lui donne la parole ?

L’écoute serait-elle de donner des mots, de proposer des émotions, un éventail où puiser, pour permettre de parler à celui qui ne peut en prendre la responsabilité, au moins l’initiative. C’est certainement donner droit à la parole, inlassablement, de séance en séance. Patience de la naissance à une parole interdite.

 

Finalement, dire son corps, n’est ce pas dire cette impuissance face à ce qui nous agit ? Impuissance telle qu’elle n’a pas de mot, et que le seul accès au mal-être est de dire le corps souffrant. Comme si l’accès à soi-même ne pouvait passer pour certains que par cette présentation enfantine d’une plaie à soigner, avec l’attente d’une prise en charge « parentale », non physique comme chez un médecin, mais psychique, affective, « maternante » au sens où l’Autre devrait comprendre sans mot, comme une mère son nourrisson.

Il est possible que pour certains, la demande passe par ce mode de « donner à voir » un corps, parfois, un affect, n’ayant même pas idée de ce que pourrait signifier élaborer.

 

Le silence non de l’analyste, mais de certains analysants est liée souvent, de leur point de vue, à une emprise forte des parents durant l’enfance. Certains se délivrent de cette exigence morale, ou de transparence en ne pensant pas. « Si je ne pense pas, je suis sûr de ne pas dire ce que je veux taire. Annuler à mesure les affects, les pensée transgressives, ou personnelle, intimes.

Un court passage d’un roman de Marguerite Duras m’évoque ce processus. « un jour, il avait trois ans, il arrive, il pleure, il crie :je trouve pas mes ciseaux à découper…je lui dis, t’as qu’à réfléchir où tu les as mis. Il crie : je peux pas réfléchir, je peux pas réfléchir ; alors moi je dis : ça alors, c’est la meilleure. Et pourquoi tu peux pas réfléchir ? alors, c’est là qu’il dit :je peux pas réfléchir parce que si je réfléchis, je crois que je les ai foutus par la fenêtre . »10

 

Dans ce cas, il se peut que le silence de l’analyste soit aidant.

Le silence a la vertu de n’être pas intrusif, et de permettre à la fragilité de ceux qui sont sans mot, de s’assurer qu’ils construisent eux-mêmes leur socle dans ce lieu. Apprivoiser la possibilité de penser devant l’Autre sans risque de vol de pensée. D’ailleurs à une question qui essaye d’aider la parole, comme « à quoi pensez vous ? » ou « qu’est-ce que vous ressentez », ces personnes peuvent répondre d’abord un habituel « je ne sais pas » qui permet de prendre le recul et décider si on y va ou si on attend encore. En fait, même si ces personnes viennent consulter, l’Autre n’en demeure pas moins en un premier temps un ennemi potentiel. Premier temps qui peut durer des années. Ogre prêt à avaler tout ce qui peut sortir de soi.

Le désir de l’analyste est alors astreint à une grande patience, car ce qui paraît ne pas avancer se tisse, de fait, en souterrain. Et même si ce n’est pas directement un travail d’analyste, si ce n’est pas ce qu’on entend habituellement par ces termes, je pense, pour ma part, que c’est déjà de l’analyse « sous-marine » pour toucher « l’épave échouée » et permettre à la vie d’émerger. N’est-ce pas œuvrer à la subjectivation ?

 

 

Je rougis me dit-il. Et les images s’engouffrent qui permettent de parler parfois, qui évitent de parler souvent, qui mettent le parler en attente, et en même temps le mettent au défi de « dire » au détour d’un signifiant, d’une association, d’une étrange surprise.

Dire, dire quoi ? laisser dire ce qui dans l’étonnement va impacter notre trajectoire de vie, ou de non vie. Ce qui du désir pris pour un fantasme, un rêve, va ouvrir la brèche dans la langue pour devenir parole singulière.

 

Ce mal au ventre pour l’une, cette sensation de chaud pour l’autre, la parole qui encombre la gorge et n’en veut plus sortir, qu’est-ce ?

La parole parcours les méandres du désir. Peur et désir sexuel ?

Et si tous ces désirs d’objets, ces désirs souffert dans le corps, n’y étaient que pour signifier un autre désir, lui sans objet ?

Et si tous ces ratages du désir, n’était que le non ratage de ce désir de vivre, désir de vivre autrement, autre chose, vivre ce cri « rien ne peut combler !».

Tout simplement, au rythme du silence de celui qui est simplement là, semaine après semaine pour soutenir cette recherche ; le désir se fraye à travers le corps, en tremblant, en rougissant, en se tordant de la souffrance de ne pas arriver à dire, difficulté de penser, terrible vide de la pensée. Alors, le corps parle la pensée, la joue comme la frondaison donne musique au silence de la brise.

 

Cadeau d’une jeune femme qui dans une dernière séance conclut « je suis toujours boulimique, après ce long chemin, mais maintenant, c’est de vie que je suis boulimique ».

 

L’analyse présente un caléidoscope des formes du parler.

Au début, on vient pour « parler » informer le thérapeute de ce qu’on sait de soi, comme on ferait auprès d’un médecin, au plus juste de son observation des symptômes qui initient la consultation. Au plus précis de ce qu’on subit en soi. En décalage, l’analyste écoute, essaye de susciter la parole qui informe non pas son savoir à lui, mais le désir de l’analysant, la parole qui l’acte.

 

Silence nécessaire d’une traversé du vide, chaos primitif rencontré, mort psychique qui ouvre sur une musique.

 

« la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence » disait Miles Davis, ce compositeur de jazz, trompettiste qui a fait entre autres « Porgy and Bess »

j’entends cette phrase comme le travail de fin d’analyse, la parole livrée à elle-même, non adressée, musique qui permet d’accéder au vide médian qui lui-même permet d’être désarrimé au regard de l’autre. Me vient ce fragment de Lao-Tseu :

 «  trente rayons convergent au moyeu

mais c’est le vide médian

qui fait marcher le char »11

 

 

 

 

 

1 Wittgenstein.L. Recherches philosophiques 2005 Gallimard.

 

2 Lao Tseu. Tao Tö King Gallimard 1967

 

3 Dolto F la cause des adolescents Paris Robert Laffont 1988

4 Baricco. A. Soie,1996,traduction française Albin Michel 1997

5 Cage J. Silence, Denoël 2004

6 Le Breton D. :la peau et la trace Paris, Métailié, 2003

 

7 Camus A. : L’étranger, Paris, Gallimard, 1957

8 Corin E. La pelade : événement psychosomatique in La dermatologie coll EDK 2001 p30.

9 Winnicott D. :la crainte de l’effondrement Paris, Gallimard 2003 p206 et sq

10 Duras M. : la pluie d’été Paris, Gallimard 2008

 

 

11 Lao-Tseu :Tao Tö King Paris, Gallimard, 2003


 

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