Michel S Levy mslevy@laposte.net Merci de vos critiques et remarques

SITUATION DU COLLECTIF DANS L'ANALYSE INDIVIDUELLE
 
 

 

 

LE PARADOXE

 

Du coté du patient, de ce qu'il espère:

 

     1° Chaque cure analytique est singulière, ineffable

 

     2° La théorie de l'analyse est modélisable, mathématisable, transmissible, plurielle.

 

 

 L'inconsistance de ces deux propositions sur l'analyse est évidente, aussi claire qu'il est impossible de se passer de théorie, comme est incontournable que ce qui se passe dans une cure n'est pas réductible à une compréhension dernière.

 

 

Il existe toujours deux bords au transfert, ce qui permet que derrière les histoires de patient se profile sans cesse celle de l'analyste, et inversement. Aussi :

 

 

Du coté de l'analyste:

 

        1° L'analyste ne s'autorise que de lui-même

 

        2° Et de quelques autres, ajoute-t-on.

 

 

 C''est, bien entendu, la même question que la précédente, vue sous un autre bord, tout autant non consistant.

 

Peut-on avancer que l'analyse, quelque soit son bord, n'est pas un domaine consistant, c'est à dire qu'elle est contradictoire fondamentalement? Joel DOR a fait un livre de compilation de ces paradoxes: " La paradoxalité instauratrice ".

 

 

 

EST-IL EVITABLE ?

 

Alors même que le fondement de l'analyse, ou plutôt son essence freudienne, est semble-t-il de l'ordre du désir de la levée de l'impasse logique. Ce qui est incompréhensible dans l'hystérie, autrement dit idiopathique, voire dégénératif, ou héréditaire ( terme en fait synonymes d'inexpliqué ) vue du coté de la médecine, deviendrait clair, ou plus clair aperçu du bord de la psychanalyse.

 

Autrement dit, en un langage plus formel, ce qui est axiomatique dans un système de pensée, celui du patient, s'interprète en terme de propriétés dans un autre ensemble conceptuel, celui de l'analyste.

Seulement, celui-ci aussi a ses propres axiomes, tout aussi arbitraires que les précédents, si ce n'est qu'ils permettent des développements différents. C'est là que le bas blesse pour les tenants d'une logique de l'analyse.                      

 

Au jeu des poupées russes des systèmes conceptuels, se dessine ainsi l'illusion d'un système dernier, ou premier, lieu privilégié du fantasme, y compris institutionel, et en fait contradictoire lui-même.

 

Piège ici de la référence fixe, tout aussi bien balayée actuellement en mathématique, dans l'analyse, et la philosophie.

Oui, mais ceci a une conséquence peu étudiée, qui est une sorte de confirmation qu'on ne peut poser l'existence de l'analyste sans buter sur des contradictions immédiates. Comment garantir quelque chose qui n'a pas d'existence consistante ? Comment ordonner le hasard de la rencontre ? Comment définir le charlatanisme là où l'évaluation est inexistante, et sans doute impossible au sens habituel de la science?

 

 

En fait, parler de l'analyste, et à fortiori de son statut, c'est à la fois supposer la question réglée, mise dans une forme logique et surtout, sans s'en rendre compte, idéaliser cet analyste. Or, supposer l'analyste idéal n'a pas les mêmes implications que l'affirmer banal, au sens où banal veut ici dire commun. Communautaire ? Avançons plutôt banalement contradictoire.

 

 

 

ET SI NON, COMMENT L'ARTICULER ?

 

On retrouve là le collectif, sans doute à une place plus inventive d'être sans grade. C'est là ou ce terme de collectif se dégage le mieux de celui d'institution, un peu comme l'inconscient du conscient. Il est ce lieu où est possible la rencontre des contradictions hors des ordres institué du savoir officiel. Bref, il n'est pas évident que Lacan, ou Freud, ou n'importe qui de cet ordre, en sache plus que ma voisine sur l'âme humaine. Telle est la surprise qui doit pouvoir advenir. Dans le collectif. Et peut-être moins dans l'institué.

 

 

Il n'y a pas de métalangage, disait Lacan. Il se saurait pas plus exister d'institution garante du collectif. Que rien ne vienne garantir l'inconscient ou le collectif, dans leurs effets, pas plus évidement que l'analyste dans sa pratique, et voilà probablement sauve la place du sujet, au coeur même du paradoxe. Qui ne saurait conserver son rôle éminement pulsionel à être réduit, aplati, dans une logique institutionelle.

 

 

 

DE MULTIPLES FACONS

 

 

Bien entendu, le débat peut tout aussi bien s'articuler en d'autres termes, par exemple autour des aléas de la transmission et de l'invention. Mais, au lieu de poser les deux termes comme contradictoires, bien qu'ils le soient souvent, il sera plus utile de se demander comment la transmission peut rester inventive, et comment l'invention est susceptible de faire transmission. Posons, pour avancer, que la transmission est collective ( je n'ai  pas dit institutionelle...) et l'invention individuelle. C'est alors la reprise du début de cet exposé, entre singulier et pluriel, et l'absence d'accord possible, de réduction d'un de ces domaines à l'autre.

On voit ici à quel danger s'exposent à mon sens ceux qui attendent que la fin de l'analyse puisse se lire en termes transmissibles dans l'institution. Dès qu'on suppose pouvoir rendre compte d'un sujet, en fait, il est probable qu'on en supprime en même temps la possibilité.

 

 

 

ET LES EFFETS SOCIAUX

 

Il n'est pas impossible d'espèrer, par contre, des effets collectifs de l'analyse, ce qui est tout autre chose, et ne fonctionne pas dans l'ordre de la saisie, de la compréhension. On constate, ainsi, après coup, que les analyses disons " Lacanienne" sont plutôt plus inventives en institutions que les analyses IPA. Ceci peut réjouir ou non, là n'est pas la question. Mais manifestement, quelque chose est à l'oeuvre de la philosophie de la fin de l'analyse dont dépend fondamentalement la question de la transmission de l'inventivité de la psychanalyse. Il semble ainsi que mettre la fin de l'analyse du coté d'un moi solide, de l'assise logique ou au contraire du versant de la subversion la plus radicale possible de cette instance, du défaut logique, n'ait pas les mêmes effets collectifs, sans parler des résultats des cures. Quelque chose se transmet donc du collectif au collectif, fait trace au travers des analyses individuelles, de l'inconscient de l'analyste au collectif social.

 

 

 

DANS QUELQUES SYSTEMES DIFFERENTS

 

Si l'on  prend ce qui se dit là-dessus à partir de la question de l'analyse profane, la théorie de la fin de la cure de Freud, puis celle de Lacan, que l'on passe cela à la moulinette de Paul Feyerabend, on trouve certaines choses intéressantes.

 

Dans le premier texte cité, Freud tente de défendre l'analyse de la récupération qui lui apparait la plus redoutable, la médicale. Son argument le plus sensible est en fin de compte de montrer qu'il existe une " furor prohibendi " dont Freud ne dit pas être un admirateur, en particulier à propos de l'interdiction de l'hypnose par les profanes, ou de celle des sociétés d'occultisme, censure reposant plus sur des penchants que sur des arguments.

 

               " Une  autorité supérieure peut-elle se sentir assez sûr du vrai chemin de la félicité pour se donner l'audace d'interdire que chacun essaie de trouver sa félicité à sa façon ?" Demande-t-il. Notons ici aussi que le maître fut plus tolérant que ses élèves...Décidement.

 

Dans ce même texte, et dans la même logique en fait, qui maintient l'analyse comme produit aléatoire du collectif, et non comme produit fixé de l'institutionel, Freud donne son double but quand à la fin de l'analyse : " Nous autres analystes, nous nous assignons comme but une analyse du patient aussi complète et aussi approfondie que possible, nous ne voulons pas le soulager en le faisant entrer dans une communauté catholique, protestante ou socialiste." J'ajouterai pour moi ...analytique !

 

 

 

Lacan pour lui, parlait de traversée du fantasme, où se dévoile l'inessentiel du sujet supposé savoir, dans ce moment de désêtre. Ce qui amène le passage de l'analysant au psychanalyste, et singulièrement au désir d'être analyste. Supprimons ce dernier mot, et cette manipulation fait apparaître un moment de désêtre qui s'agit en un désir d'être.

Vision de la fin de l'analyse qui se fonde sur le désir que cela puisse faire expérience pour l'institution, aboutissant on le sait à un double échec, pour l'institution, et pour la question de la fin de l'analyse. En fait, l'absence d'évaluation réelle conduisit à une simple pérennisation du rituel, encore sensible 10 ans plus tard, et dont Lacan fut un des premiers à tenter de sortir, vainement. Freud lui-même, pourtant, avait donc mis en garde, on l'a vu, contre les tentations de récupérations institutionnelles du terme de l'analyse.

Cette tentative Lacanienne d'user de l'institution analytique pour encadrer doublement,( par la désignation du passeur et l'écoute du passant ) la fin de l'analyse aboutit à des résultats contestables. Ce que j'en dirais simplement est que la pesée de cette théorisation sur la conduite concrète des cures doit nécessairement être là plus forte, plus prégnante que chez Freud lui-même, ou dans d'autres écoles qui délient plus les résultats cliniques de l'outil théorico-institutionnel. Et, pour ce qui nous intéresse, constatons que cela aboutissait à aplatir le paradoxe dont nous parlions au début, du coté de l'institutionel.

 

Ainsi, ce lien délicat entre le sujet et les institutions est-il à considérer avec prudence, si l'on veut se garder d'effets à long terme dont il est difficile de se défaire ensuite. Je parlais de rituels tout à l'heure, car c'est effectivement le domaine où le l'institutionel pèse le plus dans la cure, ritualisation qui suit un refus d'évaluation du réel, c'est à dire de prise en compte de ce qui vient, tout simplement. Méfions-nous que les cadres les plus ritualisés ne soient aussi les plus enclins à la " furor prohibendi" dont parlait Freud. Et si quelque chose ne va pas dans l'analyse, ce dont semblent se plaindre certains, plutôt que d'alourdir le rituel vers le légal, demandons-nous peut-être si l'analyse n'a pas besoin de remettre en chantier ce qui en elle a bougé moins vite que le monde réel...et travaillons sur les cures et avec les institutions, en tâchant de ne pas oublier cet espace entre divan et fauteuil.

 

 

C'est à ce lien ténu entre l'un et l'Autre, entre singulier et pluriel, que travaille Paul Feyerabend dans " Adieu la raison", pour en aboutir, lui qui est scientifique, à une nécessité de séparation entre la science et l'état. Et il ne mâche pas ses mots:

 

           " Finalement, c'est aux citoyens qu'il revient de choisir les traditions qu'ils préfèrent. Ainsi, la démocratie, l'inachèvement perpétuel et fatal de toute critique, la découverte que la préeminence d'une perspective n'est jamais et n'a jamais été le résultat d'une application exclusive de principes rationnels, tout cela suggère que les efforts pour redonner vie à de vieilles traditions et pour introduire des perspectives antiscientifiques doivent être célébrées comme les commencements d'une nouvelle ère des lumières, où nos actions seront guidées par l'intuition et pas seulement par des slogans pieux et souvent complètement idiots."

 

IL convient donc, pour lui, que le pluriel des singularités puisse s'exprimer le plus librement possible afin que des catastrophes diverses soient évitées. Le salut serait dans la diversité et son expression la moins contrôlée possible, la rencontre avec la réalité faisant le reste.

 

Toutes ces visions du rapport du collectif au singulier, nécessairement organisé, mais pas réducteur cependant pour Freud, organisé et réduisant l'un à l'autre pour Lacan, le plus inorganisé possible pour Feyerabend, mettent évidement en exergue des différences dans la conduite des cures qu'il est facile d'imaginer pour les tenants de telle ou telle position.

 

 

 

 

 

ET LE COMBLE , L'institution référentielle.

                                               

Une expérience psychologique américaine, popularisée par le film  " I comme Icare ", montre qu'une certaine dose d'obédience aux conventions peut aboutir aux tortures les plus incroyables.

Fasse le ciel que les analystes s'inspirent de cela pour laisser place à l'inventivité de chaque cure face à l'institution qu'ils baladent dans leur tête. Refuser l'institution référentielle, critiquer le savoir, et en fin de compte accepter la mise en question de l'analyse elle-même, tel est sans doute le lot de l'analyste, s'il veut rester avec les oreilles ouvertes.

On voit qu'il vaut mieux, pour lui et probablement ses patients, qu'il ne s'identifie pas trop avec ce mythe qui a la vie dure: l'analyste...

 

 

 

QUELQUES SITUATIONS PARTICULIEREMENT PESANTES

 

 

Freud  lui-même n'échappa pas cependant à ces difficultés, constatant que l'université ne pouvait enseigner l'analyse, et  espèrant malgré tout qu'elle y aura un jour droit de cité. Que l'analyse puisse s'apprendre sans se transmettre ? 70 ans plus tard, grâce à Lacan on y est à certains endroits. Il n'est pas sûr que la pratique de l'analyse n'en soit pas atteinte. Car, de fait, ces lieux ne paraissent guère être des endroits d'invention. L'analyse universitaire, privilégiant l'idée d'un savoir constitué, instaure une coupure avec le lieu réel de production de ce savoir, la cure, et surtout sa fonction dans l'analyse, qui est de supporter le transfert. Quelle influence sur sa pratique peut avoir une telle situation du savoir pour le psychanalyste universitaire, s'il colle trop à cette institution ? L'analyse, je pense, est plus à l'aise comme produit du collectif que de l'institution. Le jeu des conflits et des contradictions y est en effet plus libre. Le paradoxe y a libre cours, au lieu qu'il soit habituellement traqué dans l'institutionel, l'universitaire.

 

 

 

 

 

Ailleurs, quelle est la situation de cette cure  contrôlée où se joue non pas seulement le désir de l'analyste et ses énigmes, mais aussi son statut et éventuellement sa reconnaissance dans telle ou telle institution, à travers le trajet rapporté d'un de ses patients?

Ainsi de ces parents qui attendent de leur enfant qu'il les fasse adulte. Le résultat ne se fait pas attendre : la défaillance ici s'organise et se noue dans l'issue d'un savoir cadenassé dans le pacte familial, institutionnel, bloqué dès lors. Pacte avec le diable, vous savez, ce petit chariot commode pour transporter, déménager, transférer, quoi.

Car il n'est pas dit que rien ne se gagne, de ce déplacement qu'on appelle le contrôle. A condition sans doute que la dernière place du désir de l'analyse ne soit pas définitivement close par le paquet qui la recouvre : la reconnaissance institutionelle.

 

En tout cas, dans cette mise en circulation, trois images encombrent la scène, trois narcissismes jouent au miroir déformant. Cela fait beaucoup de mirages parmis les processus à l'oeuvre pour pointer les logiques paradoxales de l'inconsient.

Le narcissisme de l'analyste a le plus étroit rapport avec l'institutionnel, c'est une évidence pour quiconque fréquente quelque peu ces lieux. C'est aussi probablement assez inévitable, et je me méfierais d'un qui soutiendrais le contraire, c'est à dire à mon sens l'inhumain.

Par contre, peut-être faut-il être vigilant vis à vis de ces montages institutionels qui font se croiser la sphère narcissique et associative d'un peu trop près. 

 

 

 

 

 

 

 

 

ET QUELQUES GENERALITES

 

Seulement, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour apercevoir que le collectif n'est à proprement parler pas humain. Pas plus que le socialisme, ou n'importe quel système que les hommes politiques camoufflent en nous en proposant un " visage humain". Pardis, c'est précisément ce qui manque. Alors, là comme ailleurs, on sort les masques.

Demandez une machine qui pense, une société faite pour vous, une assurance tout risque ( il faut prendre la peine de s'arrèter à ces énormités qui font notre environnement ), et quoi d'autre ? Un contrôle pour un analyste qui ne s'autorise que de lui-même, une garantie institutionnelle des effets de la parole ? Et, la plus belle de ces impasses logiques: lorsque certains parlent de la médiatisation inévitable de la psychanalyse....Cela revient en fait à vouloir réduire l'imaginaire par l'hypnose collective. Bon courage.

 

Proposer une éviction du paradoxe conduit en fait à l'absurde, ce qui  n'est pas évitable, sans doute, pour autant qu'il fait tout simplement partie de la condition humaine.

Mais peut-être faut-il un certaine vigilance à ce que ne se réduise pas la pratique dans le collectif, ni l'inverse, sous le poids de l'incessant effort pour cerner au plus près le vacillement inconscient puis pour tenter de le faire disparaitre, dans la foulée.

La pesée du collectif dans la cure individuelle est à la fois inévitable, en forme une des limites, mais devrait aussi laisser l'espace nécessaire dans son application à ce que la parole n'y perde pas son tranchant à parfois en faire bouger la base institutionnelle. Et l'analyste qui est posé dessus, bien sûr.

 

 

 

L'ACTUALITE DE CECI

                                                                                                                         

Le vieux lien entre le pouvoir et l'église tend à se remplacer par un lien entre le pouvoir et la science. Cf les positions de J.Bernard et de Green. L'idée en est commune : On est supposé savoir ce qu'on ignore, ou on ne sait pas, mais on va savoir, donc c'est tout comme et comme on ne peut ni ne veut montrer cela, on prend le pouvoir. La multiplication des comités et commissions d'éthique est franchement mauvais signe. Lacan parlait là de la passion de la méconnaissance. Légiférer pour ne pas savoir, maintenant ? Quelle est la réelle valeur, c'est à dire la valeur dans le réel des cures, de cet hypothétique collectif d'analyste qui appuierait sa pertinence sur une force censurante ?

Dans le concret du métier, qu'est-ce qui s'apprête, là, à être repoussé, inaudible, d'être pris dans des franges sociales qui gratteraient l'analyste en un mauvais endroit, celui de sa reconnaissance sociale supposée.

L'inquiétude de Bertrand Russel à propos de la prise de pouvoir des techniciens de la science, venant supplanter, et distordre les positions des scientifiques eux-mêmes, ce qu'il assimilait en fin de compte au fascisme, est d'actualité. Lacan n'a pu ou su résister à ces utilisateurs zélés d'inventions devenues inquiétantes de n'être plus vivantes, après la dissolution.

 

10 ans plus tard, on ne sait si le salut viendra d'un ordre psychanalytique, ou plutôt d'un désordre des psychanalystes...En tout cas, certainement, ce dernier laissera sans doute beaucoup plus le dernier mot à l'analysant, sans récupération possible par l'analyste, ou son institution. Les inventeurs ne seront ainsi jamais quitte de leur tâche, en tout cas pas dépassés par les transmetteurs.

Peut-être est-il prudent que nous nous éloignions discrètement de ces zones piégées où se suppose une maîtrise de l'homme, promise par les scientifiques de seconde zone. Je conseille là-dessus la lecture du dernier bouquin de P. Feyerabend, dont j'ai parlé plus haut. Garantir un analyste, ce ne serait rien d'autre que ce rêve dangereux s'il se prend pour  une réalité. La psychanalyse américaine a commencé ainsi le virage qu'on connaît.

 

 

 

 

EN CONCLUSION

 

Souhaitons, dans ce bref essai sur les croisées fondamentales entre l'analyse et l'institutionnel, avoir pu faire sentir que c'est précisément le maintien du risque à toute rencontre, fût-elle analytique, la non fermeture, l'absence de suture en cet endroit du paradoxe où deux êtres se parlent, qui permet à une pulsion vivante de s'effectuer, loin du cadre institutionnel, sécuritaire, narcissique aussi, on l'a vu, qui tue plus sûrement le désir que toute autre chose lorsqu'il fonctionne dans ce dédale kafkaïen, de vouloir rendre compte de l'homme.

Dédale, d'ailleurs, commence dans le mythe son errance labyrinthique après avoir tenté de s'approprier l'invention de Talos, son élève. Posséder l'objet, qui à son tour garantira l'image...

 

Incontournable est l'institution, en fin de compte, telle la langue elle-même, bien entendu institution première, mais aussi peu identifiable à l'homme et à sa parole qu'est vaine toute tentative de saisie du sujet de la psychanalyse.

 

Sachant cela, quelques précautions sont probablement utiles :

Dégager, quel qu'il soit, l'institutionnel de la praxis. Laisser ce décalage qui est la vie même entre une vérité générale, la précipitation de comprendre et la réalité humaine. Sachant que ce qui nous permet de comprendre est aussi au tour d'après ce qui nous empêche d'apprendre, d'entendre. Là dessus, lire ou relire le texte de M. Schneider en post-face de l'édition Gallimard de " La question de l'analyse profane ".

 

Somme toute et en résumé:

L'institution est-elle faite pour les fins de moi difficile ? Inévitablement ? Peut-être vaut-il mieux savoir cela plutôt que d'imaginer possible de résoudre ce problème...Et est-il préférable de travailler avec les institutions plutôt que de s'appuyer sur elles. Cela laisse alors la place à la fois du collectif, et peut-être, de l'inconscient. La mise en situation du collectif dans la cure individuelle a alors des chances d'éviter la pesée institutionnelle dans l'analyse.

 

 

Communication faite à Toulouse, 1994, dans le cadre de l’institution « L’invention freudienne »

 




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