Cette hypothèse fort audacieuse peut alors se généraliser, dans un domaine extrêmement difficile, qui est l’apparition, la naissance, et le développement du langage. Dans ces réflexions très hypothétiques, il est en tout cas probable que les sons échangés allèrent du plus simple, la représentation de choses, à de plus complexes, les représentations de concepts. Ces fonctions, peut-être propres à l’espèce humaine (mais c'est loin d'être certain…) s’appuient nécessairement sur des représentations arbitraires, puisque ne reposant pas sur des représentations de choses. Mais si elles s'inventent, elles ne le font pas de rien mais s'affilient métaphoriquement à ces concepts complexes, de la même façon que les énoncés de symptômes exposés en analyse renvoient, par l'association libre, à l'univers d'images et de souvenirs qui leur a donné naissance. Les signaux hypertéliques de la nature, qui furent, dans le monde vivant les premiers signes arbitraires proprement dit, car au départ destinés spécifiquement aux partenaires et aux rivaux sexuels pour des actes, mais ensuite disponibles pour des concepts (domination, appartenance, etc...), étaient naturellement faits pour cela. Il est central aussi de poser que ces développements hypertéliques ne sont pas que visuels. Le brame du cerf en est un bon exemple, pour ceux qui l'ont déjà entendu de près... Ces signes qui représentent une fonction avec une part importante d'arbitraire sont donc aussi sonores, ce qui explique que certains animaux beaucoup plus neutres visuellement ont pu arriver à partir de signes sonores jusqu'à la nomination, comme les dauphins par exemple. L'hypertélie, visuelle ou sonore, introduisant unitraire, ne se relie plus exclusivement à la chose comme le simple signe, mais autorise alors que s’y relie, peu à peu, une invention conceptuelle. C'est un signe qui est en partie, grâce à son inutilité partielle fondamentale, disponible pour une autre utilisation, à inventer, donc propre peu à peu à l'appareil psychique lui-même. Il faudra que nous revenions, en particulier, sur la place qu'occupent ces hypertéliques dans le premier art symbolique, celui des dessins préhistoriques.
 

Notons par exemple que la lettre A porte en elle cette histoire complexe, puisque représentant dans l'histoire de son évolution l'hypertélie des cornes du taureau. L'imaginaire est ainsi profondément niché au cœur du symbolique, l'arbitraire du signe étant régulièrement  la trace d'une ancienne métaphore, voire la trace d'une abstraction hypertélique, humaine, comme le symbole phallique ou naturelle.  Il raconte toujours une histoire oubliée... Ceci permet de mieux comprendre le goût des hommes pour l'ésotérisme, l'occultisme, la kabbale, l'hermétisme et la glose, ce savoir symbolique étant la fascinante trace de notre histoire à travers les signes qui nous habitent. Il est clair que l'approche scientifique et historique de tout ceci est encore largement balbutiante, mais passionnante. C’est ainsi que la phylogenèse des mythes, dont nous parlerons plus tard, en est une bonne illustration.

Dans un article fort intéressant, les auteurs insistent au fond sur l’extériorité fondamentale du langage, y compris dans sa genèse, théorie opposée à un néodarwinisme qui arguerait au contraire d’un processus proprement individuel purement intra psychique. C'est dans un dialogue continu entre le monde et l'organisme que s'invente sans cesse l'appareil psychique. L’hypothèse connue de Chomsky  de développement intrinsèque et génétique du langage est ainsi et fort heureusement définitivement obsolète, après son succès catastrophique dans la mode structurale des années 80 :

La perspective défendue ici se situe à l’opposé de celles que nous venons de résumer. Ainsi, par exemple, le « symbolique » n’est pas, de notre point de vue, ce qui advient une fois que la pensée logico-conceptuelle et causale a échoué. Il est au contraire ce qui, sous certaines conditions, fait advenir ces modalités de la pensée. Le « symbolique » ne relève pas non plus d’une compétence privée engendrée par une capacité cérébrale, couplée à des contraintes environnementales. Il repose intrinsèquement sur une activité sémiotique publique, qui constitue un objet d’intérêt en soi. De façon plus générale, les phénomènes sociaux humains n’émergent pas d’une interaction entre des individus dont les buts et les modes d’action seraient préprogrammés. Ils se constituent à travers des jeux socio-sémiotiques, dans lesquels la part cognitive individuelle se comprend d’abord comme perception sémiotique, attention conjointe, participation à une inter- subjectivité comportant un vaste répertoire d’interactions ritualisées.
Une problématique de ce type pose donc le primat du socio-sémiotique, contre toute idée de représentation pré-allouée au niveau individuel, et supposée déterminer la nature des jeux collectifs. Ce qu’il convient alors de chercher, ce sont, d’une part, les formes que prennent publiquement les jeux sémiotiques à travers lesquels se constituent les enjeux principaux, et, d’autre part, au niveau individuel, la nature des dispositions, ou des capacités pratiques, permettant de développer de tels comportements à la fois ritualisés et variables. Ce renversement du rapport entre le cognitif et le sémiotique réoriente l’explication évolutionniste, et la pensée de l’adaptation.

Ce développement progressif du signe à partir de la sémiotique du monde lui-même, dans lequel l'abstraction elle-même commencerait à être présente à travers l'hypertélie, autorisant un champ bien plus vaste du domaine des représentations, favorise alors le traitement de données beaucoup plus complexes qu'avant. C'est là le plus de plaisir que l'homme y trouve pour à la fois sa pensée et son organisation sociale.

Mais le signal transmis, même proche du symbole, reste le représentant d'une réduction des bruits afférents. Cela s’aperçoit bien, on l'a vu, lorsqu’on observe la vulnérabilité des animaux en parade amoureuse. Le symbole, plus abstrait, a en fait la même fonction décisionnelle dans la communication, grâce à la réduction de bien d’autres paramètres. Lorsqu’on se rallie au panache blanc du chef dans la bataille, toutes les autres informations qui nous indiquent qu’on serait mieux à la pêche sont mises de côté, dans une hiérarchie du choix du comportement qui entraîne les mêmes dangers que chez les animaux en parade amoureuse.

De la même façon, l'autre face de l'émergence du symbolique à partir du signe devient le problème de l'habitat, qui se spécialise de plus en plus, jusqu'à être représenté comme tel dans le symbole, par exemple hiératique. L'aliénation à cet habitat devient l'aliénation au symbole lui-même.

On comprend bien que cette apparition du signe, puis du symbole a le rapport le plus étroit avec le phénomène de l’émergence du langage, puis de l'écriture, et enfin pour ce qui nous concerne du sujet, dans un développement dont la complexité et les effets vont croissants, mais toujours avec cette double face du gain opérationnel lié à cette réduction symbolique d'une part et d'autre part du reste non symbolisé du réel qui n'est pas passé par le filtre du symbolique. Ce sont les effets propres que nous venons de voir des effets protecteurs et aliénants à la fois de l'univers symbolique.
Les effets du symbolique sont alors à étudier en soi, dans le paragraphe qui suit.


Le symbole.

Le symbole amène en effet quelque chose de plus au signe, s’il en émane, probablement par le biais de l’hypertélie. Il crée en effet une identification de groupe, une reconnaissance entre les sujets de cet habitat que nous évoquions plus haut. Contrairement au signe, lié au comportement, le symbole raconte déjà une histoire commune, défini un habitat déjà culturel, est trace d’un savoir transmis, avec les effets nets alors de l’heimlich dans l’adhésion et d’un Umheilich pour ce qui est en dehors de lui, c’est à dire éventuellement d’autres symboles...

C’est ainsi que le terme barbare signifie essentiellement et éthymologiquement celui dont on ignore la langue, dont on ne peut ni se représenter ni comprendre profondément la culture.

Notons que le symbole, selon cette définition précise, n’est pas l’apanage de l’être humain, mais est simplement une évolution des systèmes de signe amenant l’émergence d’un domaine nouveau, ébauche de la subjectivité.
Ainsi, chez les grands dauphins, on a observé leur capacité à s’appeler réciproquement par leur nom (dénomination du groupe) et prénom (dénomination de l’individu), qu’ils sont capables de dire pour eux-mêmes et de prononcer pour les autres (avec une petite modulation différente qui permet de savoir que ce n’est pas le possesseur du nom qui parle..), de façon à reconstituer le groupe familier qui était le leur avant une séparation.
Le symbole est ainsi l’évolution du signe vers une extension qui en fait un caractère arbitraire qui signifie une appartenance culturelle, un partage d’usage. Contrairement au signe, il raconte déjà une histoire, contrairement à lui, il véhicule un imaginaire culturel au lieu de ne faire appel qu’à l’instinct. Ainsi, les dauphins qui s’appellent ainsi une fois séparés ne le font que lorsqu’ils ont auparavant partagé une importante histoire commune.



C’est en passant du signe au signifiant que l’art s’invente : le signe reste relié à l’instinct, et de ce fait participe à la réalisation pulsionnelle de l’animal.
Le passage au signifiant est un saut considérable dans la réduction symbolique : le sujet est alors voué largement à ce signifiant qui le détermine, et s’inscrit dans une chaîne qui à la fois étend ses possibilités éthologiques mais aussi réduit ses expressions spontanées et instinctuelles.
Aussi, l’équilibre de l’être dépend-il d’un pendant à l’inscription signifiante, c’est à dire son expression artistique. L’artiste montre essentiellement une singularité face à la norme du langage.
Lacan pouvait soutenir que l’imaginaire était une conséquence du symbolique. Je dirais plutôt que l’art l’est.
Existe-t-il des êtres parlant qui ne sont pas artistes? Certes oui, mais l’art se cache aussi en dehors de ses cadres habituels. Plaisanter, jouer avec le langage et le faire sortir de son rôle premier est un art, l’art de l’humour.
 

C’est bien entendu beaucoup plus compliqué en ce qui concerne le symbole, puisse que les réseaux neuronaux sont reliés entre eux et forment une cascade de réseaux, jusqu'à un résultat final qui est par exemple les paroles reliées aux réseaux d’autres individus avec lesquels ils sont en alliance pour gérer au mieux l’énergie de l’environnement. Ce qui fait système signifiant pour un sujet dès lors qu’il est émis à fin de communication nous permet d'appeler ces items là proprement symboles.
Mais le symbolisme est une réduction d’inférences, lesquels forment un reste, un continent inemployés dans le fonctionnement symbolique. N’est-ce pas là la part de l’art, et la raison de la naissance conjointe du symbolisme et de l’artistique?
L’existence, puis le développement de ce système inter individuel qu’est le système symbolique langagier en fait dans l’évolution un partenaire de pensées et de décisions. C’est bien cette dimension qui est probablement dans les premiers dessins probablement néandertaliens, c’est-à-dire autour de 60 000 avant J.-C.
C’est bien l’effet sur le psychisme et sur le corps en retour de cette impact du symbole, qui est chez l'humain la caractéristique première de ce qu’on appelle la conscience.
Confiance c’est bien pour cela que la conscience humaine est essentiellement singulière est partagé, sur un mode quantique. On commet l’erreur de penser que ces signes primordiaux sont des signes religieux. En fait il est probable la religion elle-même une évolution postérieure. Il est donc probable que les premiers signes sont purement symbolique, témoigne simplement de la naissance de l’univers signifiant, dont la complexité croissante amènera précisément à la naissance des religions, Puis de la philosophie est enfin de la science. Ainsi pour s'y retrouver, faut-il poser une chaîne symbole religion philosophie science qui marque le processus évolutif de l’univers symbolique.
Le lien entre l'origine du plaisir et l'origine du symbolique  est donc à explorer. La naissance de l'univers symbolique est intéressante pour un psychanalyste, au titre de cette genèse est constamment en cause dans son remaniement : les modifications symbolique qui amène la progression de la cure rejoue probablement pour une part la scène de son apparition. C’est un plus de plaisir qui préside à la fois le remaniement psychique d’une analyse réussie et l’avènement même du symbolique.
On se sent seul quand on est envahi par l’autre.
Pour accepter d’entrer dans l’extériorité du symbolique, encore faut-il qu’il y ait un plus de plaisir…

Dans toute élaboration de signe et de symbolique, en passant par le reflexe, deux phénomènes se produisent concomitamment : d'une part la réduction d'informations qui permet le traitement de données, qui, ainsi simplifiées, deviennent plus faciles à élaborer, mais d'autre part un reste se produit par là même, non élaboré, mais faisant partie lui aussi du réel.
Nous avons pris l'exemple du réflexe pour le simple effet produit par le fonctionnement d'un réseau de neurones, qui amène à un déclenchement, par un effet de seuil d'une sommation de stimuli. Cela veut dire aussi que si les réflexes ainsi déclenchés permettent une adaptation voire l'émergence d'un comportement, l'ensemble des données qui sont sous-jacentes à ce seuil, bien que non traitées individuellement, existent quand même. C'est ainsi que lorsqu'on veut écraser une mouche, dont le réflexe visuel l'amène à s'envoler en percevant une certaine vitesse de déplacement, sélection faite par son réseau neuronal, il suffit en réalité de diminuer cette vitesse pour l'accélérer juste à la fin, pour écrabouiller l'animal. On voit là, dans ce cas, que ce reste qui n'était pas traité par le fonctionnement du réseau a pris une grande importance pour son organisme.
On a vu qu'il en était de même pour le signe, par le simple fait qu'il attire l'attention, la dégageant du reste du champ d'existence de l'animal. La réduction qui s'opère toujours plus ou moins du réel au signe, amenant lui aussi cet effet, peut donner les mêmes résultats : un chasseur plus ou moins bien caché dans les roseaux, ayant posé des silhouettes de canard femelle devant lui sur l'étang, va ainsi attirer des oiseaux un peu moins attentifs à l'ensemble des perceptions du réel à cause du signal sexuel qu'ils aperçoivent.
Enfin, en ce qui concerne le symbole, le piégeage reste possible, par le même mécanisme de focalisation, probablement encore plus, puisque le mensonge se généralise à partir du moment même où le symbole apparait. Il apparaissait déjà à partir du signe : c'est ainsi que certains serpents imitent parfaitement bien les couleurs de collègues forts venimeux, alors qu'eux-même ne le sont pas. La tromperie du signe fait d'ailleurs partie du développement darwinien des espèces, puisque chez les végétaux, l'ensemble du genre des orchidées fonctionne pour sa reproduction sur ce principe, d'imiter les signaux sexuels de certains insectes, parfois aussi leurs hormones odoriférantes, les attirant ainsi. La pollinisation est ainsi assurée par ce mensonge.
Ainsi, que ce soit le réflexe, ou le signe, leur spécificité fait à la fois leur force et leur faiblesse lorsqu'ils sont joués par la complexité du contexte, qui n'est traité ni par le réflexe ni par le signal.
Tout ceci est encore plus net concernant le symbole : une tactique bien connue des pirates consistait à arborer les pavillons des nations qu'ils combattaient, pour s'approcher, par ce mensonge, des navires qu'ils convoitaient.
Nous avons vu que le signe est le plus souvent sexuel, mais il est aussi parfois simplement adaptatif, comme on le voit dans le mimétisme dont nous avons parlé plus haut pour les serpents. Mais aussi, le signal peut être simplement fort, visuel ou olfactif, pour désigner le danger dont est porteur l'animal. Ainsi, les grenouilles hypercolorées d'Amérique du Sud sont fortement déconseillées à la dégustation.